Fed: nouvelle baisse des taux attendue

mercredi, 30.10.2019

La Fed se réunit ce soir et devrait annoncer une nouvelle réduction de son taux directeur dans la fourchette de 1,50 – 1,75% et ainsi poursuivre l’assouplissement des conditions monétaires.

Arthur Jurus*

Arthur Jurus.

La Réserve fédérale américaine devrait poursuivre ses baisses préventives des taux directeurs. L’économie américaine a entamé en 2019 une phase de décélération de son activité qui pourrait se poursuivre jusqu’au second trimestre 2020. Le ralentissement mondial réagit à la baisse des échanges commerciaux, au ralentissement de la production industrielle chinoise et au report des investissements aux États-Unis. Pour éviter une plus forte décélération de la croissance américaine, la Fed cherche à repousser la fin du cycle et éviter une récession. Une telle stratégie avait été observée en 1995 et 1998 avec une baisse de 75 points de base sur une durée de 6 à 8 mois, impliquant une augmentation de la croissance du PIB de 1 point. La baisse attendue de ce soir permettrait d’atteindre ces 75 points de base en moins de 4 mois.

Cette baisse des taux est largement attendue par les investisseurs et analystes. Des taux directeurs à 1,50-1,75% sont attendus par 92% des investisseurs mais la majorité d’entre eux avait déjà anticipé ce mouvement dès fin juillet. Sur cette période, les craintes de récession ont conduit à une révision moyenne des taux de 60 points de base et entretenu l’inversion de la courbe des taux. Si l’écart entre les taux de court terme (3 mois) et ceux de long terme (10 ans) s'est redressé depuis mai 2019, de 10 points de base à 25 points de base, le risque de correction sur le marché obligataire demeure persistant si la Fed ne répondait pas aux attentes des investisseurs.

Des baisses aux effets limités

Les deux premières baisses de juillet et septembre 2019 ont néanmoins eu des effets limités sur l’activité économique. L’amélioration des conditions financières a favorisé la solvabilité des ménages. Le stock de crédit consommation non-revolving a progressé de 3,6% sur un an, dans des proportions non alarmantes puisqu’en ligne avec la progression des revenus et celle du taux d’épargne qui représente 8,1% du revenu. La baisse des taux hypothécaires a aussi favorisé le refinancement de prêts immobiliers et le rebond des permis de construction. Deux facteurs qui devraient permettre à la croissance de l’investissement résidentiel, négative depuis plusieurs trimestres, de se stabiliser. Néanmoins, la consommation privée devrait décélérer dès le 3e trimestre 2019 et atteindre un plus bas début 2020, indépendamment du nombre de baisse des taux.

Réduire le taux dès le mois d’octobre offrirait à la Fed plus de marges de manœuvre pour sa réunion de décembre. Le vrai enjeu repose sur la baisse du taux directeur en décembre ou le statu quo. Dès cette semaine, il est probable que la Fed qualifie la progression de la consommation privée comme «solide» alors qu’elle est actuellement considérée comme «forte».

Les prévisions économiques, qui avaient été révisées en hausse sur la croissance du PIB 2019 de 2,1% à 2,2% en septembre dernier, seront seulement actualisées en fin d’années. Néanmoins, le risque relatif à l’application ou au report des surtaxes commerciales américaines sur les exportations chinoises pourrait conduire à une révision à la baisse qui justifierait une nouvelle réduction du taux directeur en décembre prochain.

Un statu quo ne signifie pas forcément déception

Par ailleurs, un statu quo sur les taux en décembre ne décevrait pas nécessairement les investisseurs. A ce jour, seulement 23% des d’entre eux anticipent une baisse en décembre. Lors de la précédente réunion de politique monétaire, aucun membre de la Fed n’attendait des taux directeurs sous 1,50% en fin d’année.

Enfin, d’éventuels commentaires relatifs aux interventions sur le marché interbancaire seraient appréciés. Ces interventions ont excédé plus de 400 milliards de dollars depuis 50 jours. Deux facteurs ont justifié ces interventions :

1) Les banques privilégient les souscriptions aux émissions obligataires de bons du Trésor plutôt que prêter leurs réserves excédentaires sur le marché interbancaire – ce qui augmente la volatilité du taux sur le marché interbancaire;

2) Seulement 90% des réserves disponibles sur le marché interbancaire sont détenues par les 5 principales banques américaines;

Si la Fed évoquait des ajustements techniques en septembre, puis un engagement d’acheter mensuellement 60 milliards de dollars de billets du trésor ces 6 prochains mois, les explications manquent sur pourquoi l'asséchement des liquidités sur le marché interbancaire persisterait au cours des prochains mois.

* Chef économiste Landolt & Cie






 
 

AGEFI




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