La tentation de l’excès de vitesse

mercredi, 20.03.2019

La Fed pourrait discuter d’une remontée de son objectif d’inflation au-delà de la sacro-sainte limite des 2%.

Daniel Varela*

Une nouvelle glissade de l’inflation se confirme aux Etats-Unis. En février, l’indice des prix à la consommation affiche une hausse annuelle de 1,5%, soit un rythme de progression en-dessous de l’objectif visé par la Réserve fédérale et surtout nettement plus faible que le niveau de 2,9% atteint en juillet 2018.

A l’époque, ce niveau avait induit un ton très agressif de la part du fraîchement intronisé président de la Fed. Tout laissait penser que la Réserve était loin d’en avoir terminé avec ses hausses de taux. Aux commandes depuis février 2018, Jerome Powell semble désormais prendre conscience de la difficulté de son travail. Viser un niveau d’inflation à long terme proche de 2% s’annonce en effet plus compliqué que par le passé.

Pour commencer, les prix de l’énergie s’avèrent plus sensibles aux fluctuations économiques. Depuis quelques années, il n’est pas rare de voir le cours du pétrole plonger ou monter de quelques dizaines de dollars en réaction à de légers fléchissements ou redressements de la croissance mondiale. L’impact sur les coûts de transport qui affectent une proportion grandissante de biens de consommation est indéniable. En raison de l’effet de base, le recul du pétrole continuera de peser sur les chiffres de l’inflation au moins jusqu’en milieu d’été.

Dans le même temps, les pressions désinflationnistes perdurent sur une part importante du panier de la ménagère. La digitalisation toujours plus grande de l’économie pousse les prix des biens et services à la baisse. Le commerce en ligne amplifie la concurrence et prolonge le phénomène de mondialisation, tandis que l’automatisation et la robotisation assurent une maîtrise des coûts de production.

La modération de l’inflation américaine sera sans doute au cœur des débats lors de la dernière réunion de la Fed. Celle-ci devrait confirmer son changement de cap récent.

L’heure n’est plus au resserrement de la politique monétaire, mais plutôt au pilotage fin de l’économie. Il se dit d’ailleurs que la Fed pourrait discuter d’une remontée de son objectif d’inflation au-delà du sacro-saint 2%, histoire d’avoir un coussin à la baisse plus important lors du prochain retournement conjoncturel. Les marchés boursiers, qui apprécient le ton plus accommodant de M. Powell depuis quelques semaines, pourraient trouver une nouvelle raison de se réjouir si la Fed laisse penser qu’elle est également prête à accepter une plus grande inflation sur le prix des actifs.

*Chief Investment Officer Banque Piguet Galland






 
 

AGEFI



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