Les complexes négociations entre les Etats-Unis et l’UE

mercredi, 15.08.2018

La façon dont chaque partie met en œuvre des mesures sur les importations constitue un sujet de préoccupation important.

Christopher Smart*

Christopher Smart

La récente escarmouche commerciale entre l’Europe et les Etats-Unis s’est dissipée, les deux parties se félicitant dans la presse, mais les relations économiques restent tendues. Les investisseurs doivent se préparer à la possibilité de négociations plus ardues dans les mois à venir. Même si le franc-parler du président Trump a permis d’obtenir des concessions tarifaires sur certains produits américains, cela risque fort de compliquer les discussions plus importantes et plus délicates qui s’annoncent quant à la façon d’élargir les marchés des services, la régulation des flux de données et l’expansion des opportunités d’investissement.

Ceux qui saluent l’approche du président américain se réjouissent d’avoir un dirigeant qui n’a pas peur de faire de vagues dans les couloirs distingués des négociations commerciales, où le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI) est au point mort depuis plusieurs années. Bien que les deux parties aient déposé des propositions ambitieuses dans le cadre du PTCI en vue d’éliminer la quasi-totalité des droits de douane, elles ne sont pas parvenues à progresser concernant certaines des questions non-tarifaires plus délicates:

Les Européens ont-ils le droit de limiter les importations d’aliments génétiquement modifiés en provenance des Etats-Unis sans preuves scientifiques solides?
Les Etats-Unis vont-ils autoriser à un plus grand nombre d’entreprises européennes à participer aux marchés publics lucratifs?
Et qu’en est-il des manifestations qui se multiplient des deux côtés de l’Atlantique au sujet d’une procédure juridique absconse connue sous le nom de «Mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et Etats» (Investor-state dispute settlement - ISDS)?

Dans l’attente d’un plan d’action global

Ces mécanismes ont longtemps permis aux investisseurs étrangers d’être à l’abri de traitements arbitraires, mais ils sont récemment devenus la cible des opposants au commerce mondial qui les considèrent comme un laissez-passer permettant aux multinationales de contourner les tribunaux normalement compétents.
Il se peut que la combinaison des tarifs douaniers actuels sur l’acier et l’aluminium européens et des menaces d’imposer des tarifs douaniers sur le marché automobile bien plus important ait sorti les Européens de leur torpeur et les ait amenés à négocier avec Washington. Il est possible que, d’ici peu, les exigences franches et directes du président américain mènent à l’obtention d’un meilleur PTCI, que lui-même et son secrétaire au Commerce affirment tous deux soutenir.

Il est toutefois difficile de décerner des signes d’un plan d’action global. En effet, alors que Donald Trump se focalise depuis des semaines sur les automobiles, ce dernier et Jean-Claude Juncker ont annoncé que les discussions se concentreront maintenant sur les «produits industriels hors automobiles». Les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium sont maintenus et, effectivement, de nouveaux tarifs sur les automobiles sont toujours à l’étude.

En réalité, à quelques exceptions près, les tarifs douaniers sur les produits industriels sont déjà de 2% en moyenne, ce qui signifie que la véritable négociation avec l’Europe doit se concentrer sur des règles beaucoup plus complexes régissant les produits des uns et des autres. La façon dont chaque partie met en œuvre des mesures visant les importations étrangères constitue un sujet de préoccupation important.

En parallèle, le fait de mettre étroitement l’accent sur le déficit des échanges de marchandises est mal venu étant donné que les exportations américaines de services vers l’Europe sont excédentaires. Cette part croissante du commerce transatlantique nécessite des relations durables reposant sur la bonne volonté et un soutien politique fiable de part et d’autre. Comment réglementer les services financiers afin d’éviter la prochaine crise mondiale? Comment gérer les flux croissants de données à caractère personnel et commercial, qui exigent des compromis de plus en plus difficiles entre la protection de la vie privée et la sécurité nationale?

Ces nécessaires relations durables

Enfin, même s’il est vrai que les échanges commerciaux sont un enjeu important, ils sont éclipsés par les flux d’investissement dans les deux sens. Ces flux reflètent la confiance (ou le manque de confiance) à long terme dans l’économie et la politique d’un pays. Tout investisseur dans un pays doit avoir le sentiment que le gouvernement du pays en question s’est engagé à entretenir des relations durables avec son pays et ne cherche pas simplement à remporter des victoires ponctuelles.

Malgré la croissance et le dynamisme de l’Asie, près de 60% des investissements directs étrangers aux Etats-Unis proviennent d’Europe. Il s’agit d’un facteur de croissance du marché de l’emploi aux Etats-Unis beaucoup plus important que ce que toute réduction tarifaire peut offrir. Pour mieux juger de l’efficacité des politiques combinées du président américain en matière de réduction des impôts, d’assouplissement de la réglementation et de brutales menaces tarifaires, ce chiffre est celui qu’il faut surveiller.

* Directeur du département de recherche macroéconomique et géopolitique, Barings






 
 

AGEFI



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