Devises ballottées entre banques centrales et leaders politiques

jeudi, 10.10.2019

La dévaluation monétaire débouche fréquemment sur un jeu à somme nulle entre les grands blocs économiques.

Daniel Varela*

L’espoir d’une normalisation des politiques monétaires a fait long feu. La fenêtre d’opportunité s’est en effet refermée courant 2018 lorsque l’administration Trump a décidé de lancer sa guerre commerciale en direction de la Chine. Le ralentissement conjoncturel mondial qui a suivi a conduit les grands argentiers de ce monde à tourner casaque cette année. Les banques centrales sont effectivement à nouveau en mode «relance économique», ce qui passe par un énième assouplissement des politiques monétaires dans ce cycle économique. 

Affaiblir la monnaie

C’est le cas en Europe, aux Etats-Unis et dans de nombreux autres pays. Souvent, l’un des buts visés des banquiers centraux, bien qu’inavoué, c’est d’affaiblir leur monnaie. Car lorsqu’il s’agit de redémarrer une économie en panne, une dépréciation de la devise se révèle souvent l’un des outils les plus efficaces. Sauf que dans le monde très interdépendant de ce début de XXIe siècle, caractérisé par des cycles conjoncturels particulièrement synchrones, la dévaluation monétaire débouche fréquemment sur un jeu à somme nulle entre les grands blocs économiques. Les bénéfices obtenus à court terme par le pays ou la zone monétaire qui déprécie sa devise entraînent généralement une riposte. C’est le schéma classique de la guerre des monnaies. 

Se tourner vers les monnaies émergentes

Face aux conditions dissuasives que représentent les taux négatifs et l’usage de la planche à billets –autrement dit le programme de rachat d’actifs en Europe, l’action mesurée en cours du côté de la Réserve fédérale pourra difficilement éviter un renforcement du dollar. A moins bien entendu que le président Trump n’obtienne gain de cause auprès du président de la Fed, Jerome Powell, ou qu’il ne le pousse à la démission. 

Ailleurs, on peut se tourner vers les monnaies émergentes pour trouver un certain potentiel de surperformance, mais leur progression dépend de l’évolution du yuan chinois et donc d’une désescalade du conflit commercial. 

Quant à la livre sterling, une autre devise déprimée, son sort est également lié à des développements sur le front politique: elle offre en effet un potentiel d’appréciation intéressant en cas de dissipation du risque de divorce sans accord avec l’Union européenne. Nous devrions être rapidement fixés sur la destinée de cette monnaie, à moins que le premier ministre Boris Johnson ne soit contraint comme Theresa May avant lui de réclamer un délai supplémentaire pour organiser la scission.

*Chief Investment Officer, Banque Piguet Galland






 
 

AGEFI




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