Diversification: le métal jaune prend le relais des obligations d’Etat

jeudi, 27.08.2020

La dette gouvernementale joue difficilement son rôle d’amortisseur par rapport aux actifs risqués, forçant les investisseurs à accroître le poids de l’or.

Levi-Sergio Mutemba

Peter Rieth. «Notre fonds peut accumuler jusqu’à 10% en or contre 5,7% actuellement.»

L’or peut-il remplacer les obligations d’État en tant qu’actifs de diversification? Les politiques monétaires accommodantes des banques centrales ont eu pour effet de doper les cours obligataires, de sorte que ces derniers évoluent en tandem avec les prix des actifs risqués tels que les actions. Or les obligations sont – ou étaient – censées constituer des actifs faiblement corrélés à ces dernières, évoluant à la hausse lors des baisses des actions et vice-versa. 

Depuis le début de l’année, l’indice de la dette gouvernementale des États développés, le S&P Global Developed Sovereign Bond Index (USD), s’est apprécié de près de 6,5% contre un peu plus de 9% pour le S&P 500. Les signaux monétaires selon lesquelles les banques centrales continueront pendant une période prolongée de favoriser de faibles niveaux de taux d’intérêt pourraient perpétuer cette relation positive entre ces deux classes d’actifs. 

Ainsi, si les obligations ne sont plus en mesure d’amortir les pertes d’un portefeuille liées aux baisses sur les marchés des actifs risqués, l’or apparaît comme un substitut naturel. Le métal jaune était déjà considéré depuis longtemps comme un actif refuge destiné à atténuer les chutes des prix d’actifs risqués en temps de crises financières majeures. Il semble désormais occuper une place relativement plus importante, quelle que soit l’environnement de marché. «Pour nous, l’or est un élément essentiel dans la diversification d’un portefeuille», affirme Luc Filip, Head of Private Banking Investments chez SYZ Private Banking. 

Selon l’expert de la banque privée suisse, contacté par L’Agefi, la faible corrélation du métal précieux par rapport aux actions et aux obligations s’explique par deux facteurs fondamentaux. «Les taux d’intérêt nominaux américains sont bas – pour longtemps, selon nous – et les taux d’intérêts réels américains, c’est-à-dire les taux nominaux déduits de l’inflation, sont négatifs à 5 et 10 ans», explique Luc Filip. «Par conséquent, le coût d’opportunité de la détention d’or a fortement baissé et les prix du métal jaune devraient rester soutenus à court terme», anticipe l’expert de SYZ Private Banking. «C’est pourquoi nous détenons actuellement 3,5% d’or dans nos portefeuilles gérés. Il y a un mois, nous avions près de 5,2% avant de prendre des profits», précise Luc Filip. Qui ajoute que l’or a pris plus de 50% depuis mai 2019, «date de notre dernier achat». 

Les traders vendent, les investisseurs achètent 

Pour Peter Rieth, Portfolio Manager chez Oddo BHF Trust, la détention d’or se justifie également sur la base du principe de diversification. «Un portefeuille diversifié doit contenir des classes d’actifs qui ne sont pas entièrement corrélées entre elles, capables d’évoluer indépendamment les unes par rapport aux autres», rappelle le gérant. Par le passé, on pouvait se contenter d’un portefeuille constitué d’actions et d’obligations, dès lors que ces deux classes d’actifs n’étaient pas hautement corrélées».  

Ce n’est plus le cas, ce qui justifie une hausse structurelle de la pondération de l’or au sein des portefeuilles. «Dans le fonds que nous gérons, l’Oddo BHF Polaris Moderate, nous pouvons accumuler jusqu’à 10% en or. En ce moment, son poids est de 5,7%», détaille Peter Rieth, également contacté par L’Agefi. Notons qu’après avoir atteint un record historique à 2089 dollars l’once le 7 août dernier, l’or est revenu à 1932 dollars (hier après-midi), enregistrant une baisse de 7,5%.  

Selon Ole Hansen, spécialiste des matières premières chez Saxo Bank, l’or vient clairement de subir une correction exagérée. «À l’instar de ce qui s’observe avec l’argent, le métal jaune est maintenant plongé dans une bataille entre deux belligérants, à savoir, d’un côté, des traders techniques de court terme cherchant à vendre et, de l’autre, des acheteurs de long terme qui s’inquiètent des perspectives économiques et qui prennent position pour se protéger contre le risque d’une période d’inflation prolongée», estime Ole Hansen. Celui-ci maintient toutefois une vue positive sur l’or, notamment sur la base de la politique monétaire américaine, même si les taux réels américains ont récemment rebondi après la publication de données macroéconomiques encourageantes aux États-Unis.






 
 

AGEFI



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