Dette émergente libellée en devise locale: gérer une classe d’actifs en constante évolution

jeudi, 13.02.2020

La dette émergente connaît une croissance depuis 25 ans, tout comme l’univers de la dette libellée en devise locale, dont l’encours s’élève à plus de 1600 milliards de dollars.

Peter Becker *

Peter Becker

L’augmentation du nombre d’ém­­issions de dette émergente en devise locale crée des op-portunités plus nombreuses pour les investisseurs. La gestion active de la dette émergente permet de saisir des opportunités dans la classe d’actifs concernée et de réduire les risques y afférents.

La dette émergente connaît une croissance ininterrompue depuis 25 ans, tout comme l’univers de la dette émergente libellée en devise locale, dont l’encours s’élève à plus de 1600 milliards de dollars.

Même si l’on peut considérer la dette émergente comme une classe d’actifs classique, les investisseurs ont souvent du mal à l’évaluer car il y a des différences importantes entre les pays émetteurs et entre le niveau et l’orientation de leurs régimes de taux d’intérêt. Il est essentiel de recourir à un mode de gestion active lorsque l’on gère de la dette émergente, et plus particulièrement de la dette émergente libellée en devise locale.

Cela implique d’analyser minutieusement les opportunités pour essayer d’obtenir un avan-tage informationnel. Les indices de dette émergente ne représentent qu’une fraction de l’univers d’investissement sous-jacent et cela peut valoir la peine de s’aventurer en dehors des indices traditionnels. 

Par exemple, les valorisations indicielles peinent parfois à donner une image complète des performances de la dette émergente ­libellée en devise locale: les valorisations des obligations émergentes libellées en devise locale et celles des obligations émergentes libellées en devise forte semblent similaires au niveau indiciel, mais une analyse à base comparable offre une vision plus réaliste et révèle que la dette en devise locale con-tinue à offrir davantage de valeur que la dette émergente libellée en devise forte.

Diversifier les investissements

Adopter une gestion active implique également de diversifier ses investissements car cela permet d’atténuer l’impact des éventuelles corrections susceptibles de frapper certains segments du marché. 

Par exemple, les courbes de taux de la dette émergente ont bien résis-té aux États-Unis alors que la courbe des taux américains s’est fortement aplatie au cours des dernières années. Cela étant, il existe des différences importantes entre les pays. L’analyse des écarts types des différents pays émergents par rapport à la fourchette de fluctuation permet de savoir s’il est opportun de prendre des risques en matière de duration. Par ailleurs, pour certaines expositions géographiques, il peut être opportun d’inclure des marchés frontières. 

Investir dans des marchés hors indices nécessite une certaine expérience mais cela peut se révéler payant: les marchés frontières peuvent jouer le rôle de diversificateur et optimiser les performances en ce qu’ils peuvent offrir des expositions non corrélées. Investir de ma-nière précoce sur ces marchés peut permettre d’obtenir de bons résultats.

La diversification, essentielle, doit s’effectuer au niveau géographique et au niveau secto-riel. L’analyse fondamentale des corrélations entre les secteurs et les sous-secteurs fait partie intégrante des méthodes de gestion active de la dette émergente. Les corrélations au sein des secteurs en devise forte et au sein des secteurs en devise locale peuvent être fortes, mais elles doivent être gérées de manière active. Les corrélations doivent être nulles ou négatives entre les différents secteurs.

Les raisons d’être optimiste

Il y a fort à parier que la dette devise locale sera de plus en plus importante. La croissance des marchés des capitaux d’emprunt, qui se caractérise par une hausse de l’encours de titres de créance, soutient la croissance du marché de la dette émergente. L’inclusion de la Chine, qui ouvre ses marchés aux investisseurs étrangers, pourrait permettre à la classe d’actifs de se stabiliser, car le renminbi est traditionnellement fortement corrélé aux devises des autres marchés émergents. La conjoncture mondiale devrait être favorable à la dette émergente en 2020: la croissance, pourtant faible, devrait dissuader les banques centrales de relever leurs taux d’intérêt et les taux négatifs en vigueur dans de nombreux pays «re-fuges» devraient soutenir la demande pour la classe d’actifs provenant d’investisseurs en quête de rendement.

La dette émergente en devise locale continuera à offrir des taux d’intérêt divergents, qu’il s’agisse des taux nominaux ou des taux ajustés en fonction de l’inflation, ce qui pourrait créer des opportunités d’investissement. Par ailleurs, la baisse du dollar devrait soutenir le marché de la dette émergente en devise locale.

En faisant le choix d’une gestion active de la dette émergente, les investisseurs pourront élargir leur univers d’investissement. Ils disposeront également d’outils supplémentaires pour circonscrire et gérer les risques dans un marché volatil.

* Investment Director, Fixed Income, Capital Group






 
 

AGEFI




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