La dette dans tous ses états

mardi, 02.10.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

La dette a beaucoup augmenté dans le monde depuis la crise de 2008. Selon le FMI (Fonds Monétaire International), elle a atteint un plus haut à 164’000 milliards de dollars en 2016, l’équivalent de 225% du PIB (produit intérieur brut) mondial, et 12 points de pourcentage au-dessus du dernier plus haut de 2009. La composition de cette dette varie selon les pays. Dans les pays matures, ce sont surtout les gouvernements qui ont amassé le plus de dette. La dette publique des pays matures a atteint 105% du PIB en moyenne - son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans les pays émergents, l’accumulation de dette est davantage à mettre du côté du secteur privé.

Le poids de la dette rend les pays plus vulnérables aux chocs économiques. Pour appréhender ces vulnérabilités, il faut donc essayer d’identifier les pays les plus endettés. L’indicateur phare est la dette en pourcent du PIB, un indicateur relatif qui favorise tous les pays ayant un PIB important. Plutôt défavorisé, le Japon a un taux de dette publique sur PIB d’environ 240%. La dette Italienne s’élève à quelques 130% du PIB, celle des Etats-Unis à 104%, l’Allemagne à 64%, et la Suisse à environ 45%, pour ne citer que quelques exemples.

Avant de relativiser, il convient de regarder la dette en termes absolus. La dette publique mondiale a atteint 63.000 milliards de dollars, et les Etats-Unis ont emprunté près d’un tiers de ce montant, soit 20.000 milliards de dollars. Le Japon figure à la deuxième place, avec 19% de la dette mondiale, suivi par la Chine à 8%, malgré le fait que le ratio sur PIB de la dette chinoise ne s’élève qu’à 50%.

En ce qui concerne les mesures relatives, rien ne nous oblige à n’utiliser que le PIBcomme base. Nous pouvons également calculer par personne.

Sur cette base, les Etats-Unis sont encore avantagés (le pays se place au 5e rang), tout comme pour le PIB, car la population américaine est importante. Le Japon remonte en tête de liste sur cette définition, toutefois suivi par des pays plus petits:  l’Irlande, Singapour, et la Belgique. Encore pouvons-nous regarder la dette en pourcent des recettes du gouvernements (impôts). Avec cette définition, le Japon arrive à nouveau en première position, mais directement suivi cette fois-ci par les Etats-Unis. L’Irlande, par exemple, 2e en termes de dette par personne, retombe à la 10ème place concernant la dette rapportée aux recettes. Cette définition mesure la capacité des pays à lever les fonds nécessaires pour financer la dette, et nous permet de noter que le Japon et les Etats-Unis ne taxent pas suffisamment les ménages et les sociétés pour porter la taille de dette que ces pays ont accumulé.  

Encore faut-il analyser la dette par rapport aux actifs. Une dette très importante n’est pas forcement problématique si les actifs sont encore plus importants.

En intégrant dans notre analyse les actifs financiers des pays, nous pouvons parler de dette nette (soit la dette brute moins les actifs financiers). Il s’avère que le Japon possède des actifs financiers notables; dès lors, la dette nette culminerait à environ 120% du PIB, soit bien en dessous des 236% en base brute et proche de la dette nette des Etats-Unis, de près de 100% du PIB (OCDE).

Ayant fait ce tour d’horizon de la question de la dette publique, ce qui est particulièrement frappant est le fait qu’un pays (les Etats-Unis) ait émis à lui seul un tiers de la dette publique mondiale - de quoi se mettre dans tous ses états.

* Chef économiste, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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