La démocratie américaine

mardi, 13.11.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Nous avons récemment analysé la qualité de la démocratie américaine dans ces colonnes, en soulignant les obstacles mis en travers du chemin d’un grand nombre de personnes pour rendre plus difficile l’enregistrement au vote ainsi que l’acte de voter. Il nous semble alors nécessaire de revenir sur le sujet, maintenant que les élections de mi-mandat aux Etats-Unis ont délivré quelques bonnes nouvelles.

En Floride, une proposition qui était à l’ordre du jour était celle de redonner le droit de vote aux personnes qui avaient été préalablement exclues en raison d’une inculpation judiciaire. L’initiative a été acceptée avec 64,5% en faveur et 35,5% contre. Le droit de vote sera ainsi réattribué à près de 1,5 million de personnes - 9,2% de la population en âge de vote en Floride et 17,9% de potentiels votants afro-américains - qui ont effectué leur condamnation. Les condamnations pour meurtre ou crimes sexuels sont exclues. Cette décision est très importante notamment à la lumière de l’étroite marge entre les résultats des candidats (Ron DeSantis et Andrew Gillum) dans l’élection du gouverneur de cet Etat, provoquant un recomptage. Maintenant, seuls le Kentucky et l’Iowa continueront  encore à exclure des élections les personnes condamnées en justice. A l’autre bout de l’échelle, seuls le Maine et le Vermont ne dénient aucun droit de vote et dans ces Etats, les personnes incarcérées peuvent voter depuis la prison.

Une autre bonne nouvelle est que le Colorado et le Michigan ont approuvé la proposition de création d’une commission indépendante visant à gérer toute modification des circonscriptions. Certes, il ne s’agit que de deux Etats sur 50, mais cela laisse espérer que d’autres suivront.

Les deux partis américains sont coupables d’avoir manipulé les circonscriptions en faveur de l’intérêt de leur parti respectif. Le résultat est que les circonscriptions sont devenues tellement «pures» que l’opposition se retire souvent d’emblée. Quelque 40 sièges dans la chambre des représentants, soit 10% des sièges, ne présentaient qu’un candidat, constituant un frein à la démocratie évident.

Il faut également saluer que, ce 6 novembre 2018, le nombre de votants a atteint un plus haut depuis 50 ans. 47% des citoyens en âge de voter ont exprimé leur vote - certes, en soit ce chiffre n’est pas si impressionnant et toujours inférieur au 49% de 1966 mais c’est une bonne progression par rapport aux 36.7% des élections de mi-mandat en 2014 et des 41% de 2010. En absolu, plus de 115 millions de personnes sont allées aux urnes cette année. Dans certaines circonscriptions la participation est même supérieure à celle de l’année de votation présidentielle de 2016 pendant laquelle la participation nationale était de 56%.

Alors que la participation exprimée en pourcentage de la population en âge de voter est faible aux Etats-Unis comparée à d’autres pays, elle est par contre parmi les plus élevées exprimée en pourcent de la population ayant surmonté les obstacles de l’enregistrement au vote, à près de 87% en 2016. Seul le Luxembourg à un écart entre ces deux définitions qui dépasse celui des Etats-Unis (Pew Research Center). Pour la Suisse, le taux de participation de la population en âge de voter n’était que de 38,6% en 2015, et de 48,4% exprimé en pourcent des personnes enregistrées pour voter. Il faut reconnaître que la démocratie va mieux quand la majorité obtenue concerne la majorité de la population.

* Chef économiste, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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