Le Centre patronal refuse les revendications de Travail.Suisse

jeudi, 13.08.2020

La demande de Travail.Suisse pour l’augmentation des salaires en temps de crise frise le ridicule selon Christophe Reymond, directeur du Centre patronal.

Matteo Ianni

Christophe Reymond, directeur général du Centre Patronal.

«Il faut des augmentations de salaire malgré la crise du coronavirus». C’est la demande forumulée par Travail.Suisse lors d’une conférence de presse jeudi matin.  Pour l’association faîtière, les employés des branches d'importance systémique comme l’hôtellerie, la restauration, la santé ou le commerce de détail doivent bénéficier d'augmentations de salaire. En renforçant le pouvoir d'achat, celles-ci permettront de mieux faire face à la crise.

«On marche sur la tête, s’exclame Christophe Reymond, directeur général du Centre patronal. Dans le commerce de détail, l’hôtellerie, dans la restauration, dans l’évènementiel, pensez-vous réellement qu’il va y avoir des augmentations de salaire? C’est tout simplement impossible. On est même à la limite du ridicule.» 

Pour le patron de la Fédération patronale vaudoise, Travail.Suisse se trompe de combat. «Au sein de notre organisation, nous avons toujours encouragé les augmentations de salaire. Mais quand cela était possible. Aujourd’hui, le focus doit être sur le maintien de l’emploi, et non pour sa revalorisation. C’est pour cela qu’on doit se battre. Tous les jours, on apprend des licenciements dans les médias. C'est la réalité du marché.»

D’après Christophe Reymond, selon un sondage représentatif réalisé parmi les 37.000 membres de l’association vaudoise, 80% d’entre eux ont déjà annoncé qu'il n’y aura pas d’augmentation de salaire l’an prochain. «Aujourd’hui, la situation générale pour nos PME est très compliquée. Elles souffrent et ce n’est pas fini. Les perspectives ne sont pas bonnes pour la très grande majorité des entreprises, qui perdent de l’argent et de la marge. Seule une petite minorité, environ 5%, ont profité de la crise. Celles-ci, évidemment vont hausser les salaires.»

Quelles solutions pour relancer le pouvoir d’achat ? «La solution miracle n’existe pas. Il faudrait pouvoir revenir à une économie d’avant-crise. Quand cela va se produire?Comment? Avec quel bouleversement structurel ? C’est tout l’enjeu de la question.»

 

Une stagnation des salaires depuis 2008

En Suisse, l’indice des salaires nominaux a augmenté en moyenne de 0,9% en 2019 par rapport à 2018. Compte tenu d’un taux d’inflation annuel moyen de +0,4%, les salaires réels ont augmenté de 0,5% dans l’ensemble de l’économie. «Depuis la crise des subprimes, tant le taux de croissance des salaires que celui de l’inflation ont été extrêmement faibles. Autrement dit, nous sommes dans une stabilisation du pouvoir d’achat en Suisse», résume Sylvain Weber, chercheur et enseignant à l’Université de Neuchâtel.

Dans le détail, la Suisse a connu une hausse rapide des salaires réels de 2010 à 2012, qui ont augmenté de 0,5 à quasiment 3% fin 2012, d’après un rapport de l’OCDE paru en 2018. En partie en raison de la baisse des prix: il y a donc un effet de rattrapage à cet «excès» de croissance, un effet de correction. Un mouvement de ralentissement c’est ensuite opéré, dû notamment à la baisse de la productivité entre 2012 et 2017. Or c’est la hausse de la productivité qui permet aux entreprises d’augmenter les salaires.

Quid de la Suisse par rapport aux autres pays ? «Le travailleur suisse moyen n’a pas à se plaindre», estime l’expert en économie du travail. Et Sylvain Weber d’analyser: «Il n’y a pas eu d’énorme creusement des inégalités entre secteurs comme dans d’autres pays comme les Etats-Unis. En revanche, les travailleurs qui ont ressenti le plus les effets de la concurrence internationale sont ceux qui se trouvent au milieu de l’échelle des salaires. Je parle ici de ceux qui détiennent des CFC, qui viennent de terminer un apprentissage, notamment dans le secteur de l’industrie. En somme, ce qui peut être délocalisable. C’est ce groupe de personnes qui a probablement connu des évolutions de salaire moindre que les autres. Au contraire, les travailleurs en haut de l’échelle ainsi que ceux qui se trouvent en tout en bas ne souffrent pas de concurrence internationale.»

>> Lire aussi l'éditorial: A qui poser la question du pouvoir d'achat






 
 

AGEFI



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