Pourquoi la gestion indicielle et les ETF ne seront pas à l’origine du prochain krach

mardi, 12.11.2019

La croissance de ces stratégies en font des boucs émissaires mais ces critiques sont symptomatiques d’un malentendu sur leur fonctionnement réel ainsi que celui des marchés.

Christophe Collet*

Après un marché haussier ayant duré plus d’une décennie, la volatilité récente des marchés rend certains investisseurs de plus en plus nerveux. Dans un contexte d’incertitude sur les taux d’intérêt, d’accroissement des tensions commerciales et de confusion persistante autour de Brexit, de nombreux commentateurs du marché identifient de multiples raisons potentielles pour un ralentissement imminent et brutal du marché. Et certains citent même la croissance des stratégies indicielles comme un événement déclencheur potentiel du prochain marché baissier.

Selon nous, la popularité croissante des fonds indiciels et des ETF est l’une des évolutions les plus positives et les plus profondes de ces 40 dernières années pour les investisseurs. Cette croissance en a aussi fait des boucs émissaires évidents pour certains, auxquels ils peuvent imputer la responsabilité des corrections de marché. Mais ce n’est pas une raison pour leur faire porter la responsabilité de la faiblesse du marché. En réalité, cet argument est symptomatique d’un malentendu sur le fonctionnement réel des marchés et de la gestion indicielle.

Personne ne sait quand le prochain ralentissement du marché ou tout autre ralentissement ultérieur du marché, aura lieu ou quelle en sera la cause. Toutefois, il est peu probable que l’investissement indiciel en soit à l’origine. Voici trois raisons à cela.

1. Absence de lien entre la croissance de la gestion indicielle et les marchés baissiers:

Tout d’abord, les krachs, la volatilité et les marchés baissiers existent depuis beaucoup plus longtemps que les fonds indiciels. L’un des krachs boursiers les plus retentissants de l’histoire, en 1929, s’est produit plus de 40 ans avant même que le premier fonds indiciel ne soit lancé au milieu des années 1970. Le Grand krach de 1929, comme presque tous les autres grands replis du marché depuis lors, a été causé par la combinaison d’un catalyseur négatif – qu’il s’agisse d’un choc macroéconomique, d’une catastrophe majeure ou d’une bulle spéculative, par exemple – et de la panique des investisseurs qui s’en est suivie et qui a fait chuter brutalement le marché.

Les souvenirs les plus récents pour les investisseurs sont la bulle Internet de 2000-2002 et la crise financière mondiale de 2008-2009. Ces deux éléments prouvent qu’il n’existe aucune relation perceptible entre l’expansion de l’investissement indiciel et mes marchés baissiers. Pendant tout ce temps, les actifs des fonds indiciels et des ETF ont augmenté proportionnellement à la capitalisation boursière. Dans l’intervalle, le marché a continué de fluctuer sans corrélation apparente.

Cela ne devrait pas surprendre les investisseurs, car les fonds indiciels ne représentent qu’un petit segment des actifs du marché dans son ensemble. En outre, ils représentent un segment encore plus petit du volume des opérations. Par exemple, le volume des opérations liées à la gestion de portefeuille des stratégies de gestion indicielle d’actions américaines, qui est de loin la catégorie d’actifs la plus importante parmi les stratégies indicielles, représente moins de 5 % du volume global des opérations boursières américaines.

2. Les investisseurs ne s’éloignent pas des fonds indiciels dans les périodes de volatilité:

Un argument fréquemment avancé contre les fonds indiciels ainsi que les ETF est que les investisseurs indiciels se précipiteront tous pour se retirer dès les premiers signes de repli du marché, liquidant ainsi leurs investissements et, ce faisant, tirant encore davantage les marchés vers le bas. Mais cette affirmation est peu convaincante, et c’est le deuxième argument qui joue en faveur de l’investissement indiciel.

Pendant les marchés baissiers de 2000-2002 et de 2008-2009, les investisseurs n’ont pas vendu leurs participations dans des fonds indiciels. Bien au contraire, les investissements indiciels ont en réalité connu des rentrées de capitaux importantes. Il est même raisonnablement possible de soutenir que les investisseurs considéraient les portefeuilles indiciels comme des investissements refuges en période d’imprévisibilité, précisément parce qu’ils sont généralement peu coûteux et bien diversifiés. Mais il est plus probable qu’au cours de cette période la croissance de la gestion indicielle a été davantage une tendance structurelle, et qu’au fil du temps, de plus en plus d’investisseurs à long terme, qui achètent et conservent leurs titres, choisissent les fonds indiciels et les ETF.

3. Les ETF ne sont pas un facteur de volatilité du marché:

La popularité croissante des investissements indiciels a conduit de nombreux investisseurs à opter pour des stratégies indicielles reposant sur une structure de fonds d’investissement unique, en particulier les ETF. Ceci nous amène à la troisième raison. Au cours des 20 dernières années, le marché des ETF a explosé. Mais certains commentateurs du marché affirment que les ETF sont principalement utilisés à des fins spéculatives et qu’ils créent de la volatilité dans les cours des titres.

Toutefois, comme pour les fonds communs de placement indiciels, les ETF ne représentent qu’une petite fraction de l’ensemble du marché – environ 13% des actifs des investissements du monde entier en 2017, d’après les données Morningstar. En outre, du fait de la structure des opérations des ETF, la plupart des opérations n’ont pas d’incidence directe sur le prix des investissements sous-jacents. Pour cette raison, il est peu probable que les ETF contribuent aux fluctuations des cours. Les études de Vanguard ont montré que pour chaque euro (1 EUR) dans le volume de négociation quotidien d’ETF d’actions sur les bourses, moins de 25 centimes ont donné lieu à des transactions sur le marché primaire. En d’autres termes, plus de 75 % des opérations des ETF n’ont pas conduit à l’achat ou à la vente des investissements sous-jacents des ETF.

Succès de la gestion indicielle

Les craintes au sujet des marchés baissiers et de la volatilité font totalement abstraction des avantages que les investisseurs ont pu tirer de la croissance de la gestion indicielle et des ETF. Les fonds indiciels sont un moyen compréhensible et accessible pour permettre aux investisseurs d’accroître leurs chances d’obtenir de meilleurs résultats pour leurs investissements.

Les investisseurs peuvent désormais avoir accès à un portefeuille largement diversifié et à faible coût en effectuant une seule et même opération. Ces deux caractéristiques peuvent à elles seules améliorer considérablement les rendements des investissements, et elles sont au cœur de notre philosophie de l’investissement chez Vanguard.

La volatilité faisait partie intégrante de la vie des investissements bien avant la création des premiers fonds indiciels ainsi que ETF, et les marchés continueront de connaître des périodes de turbulence. Mais l’investissement indiciel ne sera très certainement pas la source de cette volatilité.

* Directeur des ventes senior pour la Suisse, Vanguard






 
 

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