La concentration industrielle nuit à la concurrence

mardi, 21.04.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Face à la crise du Covid-19, les entreprises de petite ou de moyenne taille sont menacées de faillite. Certaines grandes sociétés le sont également, bien sûr, et ce notamment celles du secteur des transports, du tourisme, et des loisirs. Néanmoins, les grandes sociétés bénéficient  souvent de moyens plus importants que les plus petites pour survivre à une récession et ceci est visible dans les mesures qu’un grand nombre de pays ont mis en place en faveur de ces dernières, y compris la Suisse. 

La concentration industrielle est une tendance de long terme. Le phénomène consiste en une réduction du nombre de sociétés actives dans chaque industrie. Aux Etats-Unis et en Europe, l’OCDE a observé une hausse de la concentration industrielle allant de 4 à 8 points de pourcentage entre l’an 2000 et 2014. Sur cette période, 75% des industries ont été ainsi affectés. Il est assez remarquable de constater qu’en 1996 il y avait 8090 sociétés listées sur les bourses américaines, tandis qu’en 2018 leur nombre n’était plus que de 4397. L’OCDE note en outre que la concentration industrielle  affecte les biens comme les services de la même manière. Les premiers 10% des sociétés de chaque industrie  génèrent quelque  83% de toute la production, et les  90% restants produisent alors moins de 20% du total. 

Il existe des aspects potentiellement positifs de cette tendance dans la mesure où elle reflète par exemple l’innovation technologique et/ou une productivité  accrue. Dans l’ensemble, les marchés boursiers se réjouissent de ce phénomène qui permet souvent aux sociétés restantes d’élargir leurs  marges et de dicter leurs prix sur les marchés internationaux.

Par contre, les économistes n’apprécient guère, pour la plupart, cette concentration industrielle, et identifient plusieurs sources de problème. Le premier est que les industries font l’objet de moins de concurrence et deviennent davantage oligopolistiques ou monopolistiques. Moins de concurrence veut souvent dire moins d’innovation, une qualité moindre pour les biens et services proposés, et tout cela à des prix plus élevés que dans le cas contraire. 

Et ce ne sont pas les seuls désavantages.. Quand il y a peu d’intervenants sur un marché, leurs fournisseurs et leurs main d’œuvre peuvent perdre en termes de capacité de négociation. Ainsi, la distribution de la richesse créée est impactée elle aussi. Les grandes sociétés sont en général très actives dans le lobbying auprès des organes politiques, et peuvent par ce fait exercer une influence disproportionnée sur l’économie. La simple taille peut devenir un problème dans certains cas, nous le rappelle l’exemple du secteur bancaire pendant la crise de 2008. 

Pour les pays qui se posent actuellement des questions sur comment générer une croissance durable et équitable dans le monde post-Covid-19, il serait opportun d’inclure des mesures pour lutter contre la concentration industrielle. Certes, les efforts fournis en faveur des petites et moyennes sociétés sont absolument critiques dans cette optique mais il faudrait coupler ces actions avec une réglementation qui facilite l’entrepreneuriat et qui favorise la concurrence. L’impôt sur les sociétés est normalement levé à un taux unique. L’imposition sur les revenus individuels et sur la fortune sont, elles, progressives - peut-être une piste pour la fiscalité des entreprises post-Covid.

* Group Chief Economist, indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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