Le nouveau colosse européen

jeudi, 30.07.2020

La combinaison des plans d’aide de l’UE impliquera quelque 850 milliards de nouvelles émissions.

Gianni Pugliese*

Gianni Pugliese

Mardi 21 juillet, les dirigeants européens se sont accordés sur un budget pluriannuel 2021-2027 de 1074,3 milliards d’euros, auquel s’est ajouté un plan de relance exceptionnel de 750 milliards d’euros, le «Next Generation EU». Au total, 1824,3 milliards d’euros ont donc été engagés sur les sept années à venir. 

Le plan de relance a été qualifié d’historique puisqu’il est question de mutualisation de la dette, une première dans l’histoire européenne. Il sera financé par des obligations au nom de l’Union européenne, remboursables jusqu’en 2058.

Pour rappel, sur les 750 milliards d’euros levés, 390 milliards seront versés aux Etats membres sous forme de subventions et 360 milliards le seront sous forme de prêts. Avant cela, en avril dernier, la présidente de la Commission européenne, Mme Von der Leyen, avait annoncé la création d’un fonds anticrise de 100 milliards appelé «Sure: support to mitigate unemployment risks in emergency» ou soutien pour atténuer les risques de chômage en cas d’urgence, en français. 

Le financement du «Sure» se fera également par des emprunts garantis par tous les Etats membres. Dans ce cas de figure, le mécanisme est plutôt assimilable à une forme de mutualisation des garanties européennes.

Quoi qu’il en soit, la combinaison des deux plans d’aide implique que l’Union européenne émettra potentiellement 850 milliards de nouvelles émissions. Elle lèvera probablement plus de 100 milliards par année de 2021 à 2024. A titre de comparaison, KFW, un émetteur majeur, a prévu d’emprunter €65 mds cette année.

Selon certains intervenants du marché, les premiers placements pourraient débuter dès septembre prochain et seraient liés au programme «Sure». Ils prévoient des obligations à coupons fixes ainsi que des maturités s’étalant de 3 à 30 ans. En terme de fréquence, l’Union européenne solliciterait le marché toutes les deux semaines pour des tailles de cinq milliards. 

Le «Next Generation EU», quant à lui, devrait lancer son premier emprunt au début de l’année 2021. D’ici là, il n’est pas exclu que le montant émis à travers le «Sure» avoisine déjà les 30 ou 40 milliards. Les investisseurs disposeront donc d’une courbe euro avec quatre ou cinq «benchmarks» et une bonne liquidité en prime. L’attractivité devrait être au rendez-vous car outre le choix sur la courbe et la liquidité, le crédit est excellent. 

L’Union européenne est notée AAA par Fitch et Moody’s, et AA par S&P. Les investisseurs espèrent que ces nouvelles obligations offriront quelques points de base de rendement de plus que celles d’autres émetteurs notés AAA. Ces plans d’aide auront logiquement des répercussions sur le marché primaire européen. En effet, les souverains emprunteront moins, mutualisation de la dette oblige. 

Le marché estime, par exemple, que l’Italie et l’Espagne pourraient réduire leur programme d’émissions de 25 milliards. 

Pour conclure, tout semble indiquer que l’Union européenne est sur le point de passer du statut d’émetteur de second rang à celui de colosse du marché obligataire.

* Analyste obligations, Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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