Le pétrole, nouveau cygne noir ?

lundi, 09.03.2020

La chute de l’or noir bouleverse nombre de marchés financiers et entraîne de fortes fluctuations des devises.

Karine Patron*

Karine Patron

Le coronavirus, pour lequel il n’existe pas encore de vaccin, est devenu en quelques semaines la hantise des investisseurs. C’était sans compter sur l’arrivée d’un nouveau cygne noir, l’écroulement ce week-end du cours du baril de pétrole.

La peur de la diffusion encore plus ample du coronavirus a rendu nécessaires des mesures drastiques de confinement dans plusieurs pays avec pour conséquence un frein marqué à l’activité économique. Plusieurs gouvernements ont mis en place des plans budgétaires d’urgence. Les craintes de récession ont ainsi augmenté et les investisseurs se sont réfugiés vers les obligations d’Etat et l’or. Depuis mi-février, quand le coronavirus est sorti des frontières asiatiques, l’incertitude a fortement augmenté sur les marchés financiers. L’indicateur de volatilité du S&P500 a explosé vers la zone des 50. Les ventes paniques de titres avec l’effondrement des valeurs bancaires, notamment européennes, fait resurgir la crise financière de 2008 et le fantôme de Lehman Brothers.

Il ne manquait plus que la rupture entre Moscou et Riyad concernant une coupe de la production pétrolière afin de soutenir le cours du baril pour précipiter le tout. L’Arabie Saoudite, dont la production a un prix de revient très faible par rapport aux autres producteurs, a décidé comme mesure de rétorsion d’ouvrir les vannes pour initier une guerre des prix. La chute libre du cours du brut de près de 30%, la plus marquée en une séance depuis la première guerre du Golfe, a d’importantes implications pour plusieurs pays et secteurs. Elle bouleverse nombre de marchés financiers et précipite avec elle les indices boursiers mondiaux et entraîne aussi d’importantes fluctuations du cours des devises. Le yen japonais et le franc Suisse s’apprécient alors que le dollar US se replie, et pire encore le rouble et le peso mexicain s’effondrent. Le rendement des bons du Trésor à 10 ans américains a passé sous la barre de 0.5%.

Nous estimons que malgré la baisse à prévoir de la demande de brut cette correction de prix est exagérée car elle avantage peu d’intervenants. Dans ce contexte, le marché boursier chinois résiste relativement bien, même si les exportations ont affiché une baisse marquée de 17% sur les premiers mois de l’année.

Dans tout ce chaos, les chiffres de l’emploi américains robustes pour février sont pratiquement passés inaperçus. Avec 273’000 nouveaux emplois créés pour le second mois consécutif ils dépassent pourtant largement les attentes. Le taux de chômage est revenu à 3.5% au plus bas en 50 ans. Mais nombre d’investisseurs estiment que la menace du coronavirus constitue un frein pour les prochains mois.

*(Gérante discrétionnaire de la Banque Bonhôte & Cie SA)






 
 

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