La Chine et le commerce international

mardi, 29.01.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

La Chine détient le record mondial en termes d’exportations et d’importations, devant les Etats-Unis. De quoi frustrer ce dernier, en tout cas d’un point de vue relatif.  

D’abord, les exportations et les importations des Etats-Unis ont continué à augmenter, même si l’essor a été encore plus rapide en Chine. Pendant que la part de la Chine dans le commerce des Etats-Unis s’accroissait (passant de 1% de la consommation américaine de produits manufacturés en 1991 à 10% en 2016), la part du commerce international américain dans son ensemble est passée de 9,6% du PIB américain en 1991 à 13,6% en 2014, puis à 11,9% en 2016 (Banque mondiale, Feenstra et al. 2018). Malgré cette tendance, plusieurs estimations suggèrent que les importations américaines d’origine chinoise seraient à l’origine de la suppression de 2 millions d’emplois aux Etats-Unis, sur la même période. Rappelons que, grâce à la croissance des exportations on estime les créations d’emplois aux Etats-Unis à 2 millions dans l’industrie manufacturière, 500.000 dans le secteur de l’approvisionnement, et à un nombre remarquable de 4,1 millions dans le secteur des services, pour un total de 6,6 millions. Des chiffres qui sont souvent moins cités.

Un autre fait souvent méconnu concernant le commerce international chinois: la contribution des exportations nettes des importations au taux de croissance du PIB reste proche de zéro en moyenne depuis 2001, année de l’inclusion de la Chine dans l’OMC (-0.1 points de pourcentage). En dépit de la taille du secteur, ceci s’explique par la faible génération de valeur ajoutée, elle-même résultat de la prédominance de l’industrie de l’assemblage: la Chine importe les composants, les assemble, et les exporte. Pour contribuer davantage à la croissance du PIB, il faut que la Chine grimpe «l’échelle de la valeur ajoutée», et que davantage de composants nécessaires à la production soient fabriqués en Chine.

Alors, quand la Chine a récemment publié les statistiques concernant le commerce, affichant une baisse des importations en dollars américains de 7,6% au mois de décembre 2018, ainsi que des exportations en baisse de 4,4% en évolution sur 12 mois, l’interprétation généralisée a été que l’activité économique en Chine se contracte, impactée par le conflit commercial actuel avec les Etats-Unis. Certes, ce conflit doit avoir son effet sur les statistiques. Pourtant, il convient de noter qu’en devise locale, les importations n’ont baissé que de 3,1% et les exportations ont augmenté de 0,2%. Par ailleurs, plus la Chine grimpe l’échelle de valeur ajoutée, moins le pays va importer, toute choses étant égales par ailleurs, car le pays va remplacer une partie de ses importations par une production locale. Le fait que les inventaires de produits manufacturés en Chine sont en baisse depuis juillet 2018, et ont notamment baissé de 2,3% en décembre par rapport à novembre, soutient cet hypothèse. Un ralentissement de l’activité est normalement accompagné par une accumulation d’inventaires. Ainsi, la conclusion est quela baisse observée dans les statistiques du commerce chinois n’indiquent pas une baisse de l’activité économique mais plutôt un certain succès concernant le plan de développement du pays.

D’une frustration de la part des pays matures liée au fait que la Chine exporte trop, on passera à la frustration que le pays n’importe pas suffisamment. Un processus déjà enclenché.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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