Un nouveau paraBRICSme?

vendredi, 31.08.2018

La Chine émerge comme préteur bilatéral envers les pays émergents, à la place de la Banque mondiale.

Catherine Reichlin*

Catherine Reichlin

Le voilà bien loin le temps où les pays développés étaient l’ultime recours des économies émergentes en mal de financement. Au début de cette année, le FMI émettait un avertissement: la Chine est en train de devenir le plus gros prêteur bilatéral avec les conséquences que cela implique. Outre le fait que les chinois acceptent volontiers des remboursements en nature (terres, pétrole par exemple) lorsque les pays sont en difficultés, la question de séniorité des débiteurs se pose également. Alors qu’ils sont les actionnaires les plus importants du FMI, les Etats-Unis voient d’un mauvais œil que des pays fassent appel à l’organisation pour ensuite pouvoir rembourser un prêt bilatéral… accordé par la Chine!

La Nouvelle banque de développement (NBD), lancée par les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) en 2015, vient aussi d’annoncer son intention d’emprunter en dollars. La mission de la NBD est l’investissement et la promotion de la coopération parmi les cinq membres fondateurs, actionnaires à parts égales. La banque dispose depuis début août d’un rating officiel de l’agence Fitch qui, malgré un rating moyen des membres de BBB-, assigne une note de AA+ à l’organisme. Si la solvabilité moyenne est considérée comme faible, elle est compensée par de nombreux facteurs positifs: liquidité élevée, environnement d’affaires avec risque moyen, gestion de risque conservatrice, management senior et expérimenté, gouvernance de qualité, statut de créancier privilégié et engagement fort des actionnaires à soutenir la banque.

La NBD finance déjà 23 projets dans ses pays membres pour un montant dépassant les 5,7 milliards de dollars, elle a de plus établi des partenariats avec ses pairs comme par exemple EIB, EBRD, CAF ou encore la Banque Mondiale. A ce jour une seule obligation verte en CNY a été émise en juillet 2016. Les fonds levés ont servi à financer 4 projets locaux en énergies renouvelables pilotés par les agences comme la BNDS au Brésil ou Eskom en Afrique du Sud.

Si la NBD souhaite émettre davantage en monnaies locales pour répondre aux besoins -un projet pour émettre en Rand a par ailleurs déjà été mené- elle mesure également la volatilité dont souffrent actuellement les marchés émergents dans un contexte de resserrement monétaire global. Un nouvel emprunt en CNY devrait être proposé à la fin de l’année mais d’ici là sera surtout l’occasion de mener des rencontres avec les investisseurs pour émettre le premier emprunt en dollars d’une échéance probable entre 7 et 10 ans. Oui, le monde a bien changé.

* Mirabaud






 
 

AGEFI



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