Ces émergentes divergences

mardi, 30.06.2020

La catégorie «investissement» a progressé de 2,18% cette année alors que la catégorie «spéculative» a baissé de 5,30%.

Catherine Reichlin*

Catherine Reichlin

Au pire de la crise, l’ensemble du marché obligataire a corrigé mais cette homogénéité reste-t-elle de mise dans les phases de rebond? Selon les indices émergents Bloomberg Barclays pas vraiment. La catégorie «investissement» (IG) a progressé de 2,18% cette année alors que la catégorie «spéculative» (HY) a baissé de 5,30%, une différence de près de 7,5%! Toutes deux ont profité du rallye obligataire des bons du Trésor américain, l’IG en particulier, avantagé par une duration de deux ans supérieure à celle du HY. 

Mais alors comment expliquer la performance négative du HY? L’écartement de la prime de risque a été telle qu’il a plus que «mangé» l’effet bénéfique des taux. En 2020, la prime du HY s’est écartée de 143pb contre seulement 73pb pour l’IG. Le rallye des taux est d’une certaine manière l’arbre qui cache une forêt de fragilités structurelles, de même que ces 143pb cachent des réalités diverses et variées. 

Dans ce groupe se trouve, par exemple, l’Egypte qui a facilement accédé au marché obligataire en empruntant 5 milliards de dollars début juin. D’autres n’ont pas autant de succès mais parviennent à s’en sortir. C’est le cas de l’Angola qui obtenu un accord bilatéral avec la Chine, lui octroyant un moratoire de trois ans sur le service de sa dette de 21,7 milliards de dollars. Si l’Angola a choisi de ne pas émettre de nouvel emprunt c’est peut-être parce que le pays a aussi fait recours à l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD). 

Ce programme, soutenu par le G20 et la Banque mondiale, permet aux pays les plus pauvres de suspendre le service de leur dette. La moitié des 77 pays éligibles y a déjà demandé l’accès et le 10 juin, le club de Paris a déféré 1,1 milliard de dollars de paiements pour 12 pays, dont le Pakistan et le Cameroun. 

De la même façon que les sociétés américaines recourront en dernier lieu au programme primaire de la Fed, certains pays hésitent à accéder à l’ISSD. Et pour les mêmes raisons: la peur. Celle de voir le marché obligataire se fermer pour eux et leur notation revue à la baisse. Le Honduras, pourtant éligible à l’ISSD, a, avec succès, tenté sa chance sur le marché obligataire mi-juin. La Côte d’Ivoire et le Sénégal ont pour leur part utilisé l’ISSD et ont vu dans la foulée leur notation placée en revue négative par Moody’s. Selon l’agence, le recours au ISSD «augmente le risque que les créanciers privés subissent des pertes». A ce stade du cycle, les efforts se focalisent sur la gestion du risque de liquidité. 

Mais un autre risque, plus effrayant, remonte dans les consciences: le risque de solvabilité. La performance différentiée des indices IG et HY pourrait indiquer que les investisseurs en sont conscients. Reste à espérer que l’appât du gain, lorsque la chasse au rendement gagnera en intensité, ne les empêchera pas de s’en souvenir. 

* Responsable recherche financière, Mirabaud & Cie






 
 

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