L'atome vacillant mais toujours debout malgré les catastrophes

dimanche, 27.11.2016

La catastrophe de Tchernobyl en Ukraine et celle, 25 ans plus tard, de Fukushima au Japon ont fait chuter la cote du nucléaire en Suisse. Toutefois, l'atome, même durement atteint, est toujours debout. Dimanche, les Suisses ont refusé de limiter son utilisation.

La catastrophe nucléaire de Fukushima en mars 2011.

La Suisse a bien failli avoir sa propre catastrophe nucléaire. C'était en 1969, sur le site de sa première centrale, construite quelques années plus tôt dans la Broye. La grave avarie dans le réacteur expérimental de Lucens (VD) est considérée comme le huitième accident nucléaire le plus important au monde.

Après avoir évité le pire, la Suisse abandonne l'idée d'une filière propre et opte pour l'achat de réacteurs étrangers. Ils équiperont les centrales érigées au cours des quinze années suivantes et toujours en activité: Beznau I (1969), Beznau II (1972), Mühleberg (1972), Gösgen (1979) et Leibstadt (1984).

C'est à la même époque qu'émergent les premiers mouvements d'opposition à l'atome. "L'influence de Lucens a été assez mineure, car l'accident a été récupéré par une communication habile, qui désignait la technologie comme très sûre étant donné qu'elle pouvait justement prévenir une catastrophe", explique à l'ats Bernard Lachal, professeur en énergie à l'Université de Genève.

Mais en Suisse comme ailleurs en Occident, on commence à se défier d'une énergie perçue comme le produit de complexes militaro-industriels, poursuit M. Lachal, qui a dirigé un colloque sur le "mythe nucléaire". A l'époque, "mai 68, les débuts de l'écologie et la critique des grands groupes" forgent cet esprit.

L'alarme Tchernobyl

Le site de construction de la centrale de Kaiseraugst (AG) est occupé en 1975 pendant 11 semaines par environ 500 opposants au projet. Les protestataires empêchent les ouvriers de travailler, jusqu'à la suspension des coups de pioche par les autorités. Elle durera plus d'une décennie.

Le mécontentement, surtout concentré en Suisse romande et dans la région de Bâle, se traduit aussi lors de votations. Les Vaudois approuvent en 1981 un article constitutionnel qui contraint les autorités à consulter le peuple pour les questions liées au nucléaire. Genève fera de même en 1986.

Car la grogne contre les centrales s'épaissit cette année-là, quand l'explosion du réacteur de Tchernobyl fait des milliers de morts. Les Suisses s'inquiètent des retombées radioactives. "Tchernobyl a surtout montré que les Soviétiques avaient une technologie défaillante et que les centrales étaient plus sûres en Occident", note le professeur Lachal.

En Suisse, les opposants au nucléaire et une population effrayée freinent néanmoins des quatre fers. Les Chambres fédérales enterrent les projets de nouvelles centrales à Kaiseraugst, Graben (BE) et Verbois (GE). Dans le même temps, un groupe écologiste se constitue pour la première fois au Parlement lors des élections de 1987.

Décennie de répit

Trois ans plus tard, les Suisses acceptent en votation un moratoire de dix ans sur la construction d'une nouvelle centrale. L'initiative obtient 55% des voix malgré l'opposition du Conseil fédéral et du Parlement.

Les Helvètes prennent cependant un virage à 180 degrés au début du nouveau millénaire, lorsqu'ils sont 58% à refuser de prolonger de dix ans le moratoire. Parallèlement, 66% des votants rejettent une initiative demandant la mise hors-service progressive des centrales d'ici à 2014. Tous les cantons romands écartent ces objets.

Fin 2010, les autorisations d'exploitation des centrales de Mühleberg, Beznau et Gösgen sont renouvelées. "On peut difficilement parler d'un retour en force de l'atome dans les années 2000, on ne voit pas apparaître non plus de nouvelles centrales", relève toutefois M. Lachal. "Il s'agissait plutôt d'un feu de paille."

La bombe Fukushima

Car une nouvelle catastrophe nucléaire en mars 2011, celle de Fukushima, stoppe net cet élan. "L'effet Fukushima a été dévastateur pour l'atome, bien plus que Tchernobyl", commente le professeur Lachal. "Là, c'est le Japon, un pays économiquement assez proche de la Suisse, qui est touché, et en plus au hasard d'un tsunami."

La conseillère fédérale Doris Leuthard abandonne vite l'idée de construire trois nouvelles centrales. Le camp bourgeois prend aussi ses distances avec les pro-nucléaires. Le Conseil fédéral décide que la Suisse sortira de l'atome et présente sa stratégie énergétique 2050, adoptée en septembre par le Parlement. Elle mise notamment sur un développement des énergies renouvelables.

L'exécutif refuse néanmoins de tirer la prise des centrales existantes. Elles seront arrêtées au terme de leur durée de vie et ne seront pas remplacées. Seule Mühleberg s'éteindra en 2019. Pour la gauche, c'est insuffisant, d'où l'initiative des Verts demandant un débranchement des centrales au bout de 45 ans. (awp)

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