ETF: le cannabis qui ne fait pas planer

mardi, 28.07.2020

La capitalisation de certains producteurs de cannabinoïdes a chuté de plus de 80% au cours de l’année écoulée. Les meilleures chances sont du côté des pharmas et biotech du chanvre.

Levi Sergio Mutemba

Ce serait un euphémisme d’affirmer que le secteur du cannabis n’a pas eu besoin de pandémie pour subir sa propre crise existentielle. Le manque de profitabilité caractérise un nombre important d’entreprises cotées et actives dans la production et la commercialisation de cannabinoïdes dérivés du chanvre (CBD). Et ce, malgré les avancées réglementaires des deux dernières années. Les États-Unis, par exemple, ont réformé leur cadre légal par la mise en place de l’Agriculture Improvement Act passé en 2018. Celui-ci autorise la production de CBD dérivé du chanvre à usage médical, qui ne contient pas plus de 0,3% de tétrahydrocannabinol (THC) contre 50 à 100 fois plus pour le CBD dérivé de la marijuana.

En hausse de plus de 410% depuis son introduction en bourse (IPO) en 2014, l’action nord-américaine du spécialiste de la culture intérieure et en serre, Canopy Growth, première entreprise au monde à être cotée, s’est en effet effondrée de 50% au cours de l’année écoulée (au 28 juillet 2020). Le groupe a enregistré une perte de près d’un milliard de dollars au quatrième trimestre de l’exercice 2020. Son concurrent Aurora Cannabis perd plus de 85% sur l’année écoulée.

Entée en bourse la même année que Canopy Growth, Aurora Cannabis a complètement effacé son gain de plus de 1100% accumulé jusqu’à mi-octobre 2018. Depuis son IPO, celui-ci n’est plus que de 5%. Reflet du manque de profitabilité des sociétés de cannabis, l’exchange-traded fund Horizon Marijuana Life Sciences ETF, qui contient ces deux constituants, a perdu plus d’un tiers de sa capitalisation depuis son lancement fin avril 2017. Il reste en baisse de 17% depuis le début de l’année.

«Plusieurs entreprises opèrent dans le segment du bien-être et dont la chute de la demande liée au Covid-19 a stabilisé les valorisations», explique Nawan Butt, portfolio manager du fonds passif très concentré HANetf The Medical Cannabis and Wellness Equity Index ETF (CBDX). «La saison des résultats pour le second trimestre nous donnera une meilleure idée de leurs taux de croissance durant les périodes difficiles, en particulier chez les détaillants.» Les difficultés que rencontrent le secteur n’ont pourtant pas empêché les investisseurs de continuer à financer des projets et se tourner vers des fonds offrant une exposition à l’industrie du cannabis.

Lancé en janvier à Londres, le fonds CBDX est disponible en franc suisse à la SIX Swiss Exchange depuis le mois dernier. Il contient une part importante de sociétés dites auxiliaires à l’industrie du cannabis, beaucoup étant considérée comme des pharmas et des biotechs à part entière. Les 13 positions donnent accès à neuf sous-thématiques et se concentrent sur les entreprises dont les principaux acteurs ont techniquement besoin pour être conformes aux exigences réglementaires, en l’occurrence très strictes, en matière de procédés industriels.

Il s’agit de sociétés américaines telles que GrowGeneration, spécialiste des techniques de culture hydroponique (hors-sol) et qui pèse pour 8,14% du fonds. Cette entreprise est parvenue à lever 42 millions de dollars durant la pandémie, l’émission de fonds propres ayant été sursouscrite plus de cinq fois. Contrairement aux grands groupes précités, la société de croissance GrowGeneration a publié des revenus record au premier trimestre. Citons également le trust d’investissement immobilier (REIT) Innovative Industrial Properties (IIP), dont le poids est de près de 11% du CBDX. IIP a vu ses revenus augmenter de 210% au premier trimestre et a même versé un dividende d’un dollar, soit en hausse annuelle de 122%. IPP, qui finance les actifs immobiliers des producteurs et laboratoires de CBD, a levé 239 millions de dollars en janvier, dont l’émission a été sursouscrite à hauteur de trois fois.

La première ligne du fonds revient à Amerys (11,48%), biotech californienne qui a annoncé en mars une meilleure efficience de son Neossance, un émollient à base de CBD pour applications dermatologiques. Elle est suivie de Corbus Pharmaceuticals (11,28%), cotée au Nasdaq, dont son récepteur cannabinoïde produit un effet anti-inflammatoire. Ce récepteur est également destiné au traitement des désordres fibrotiques.






 
 

AGEFI



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