Japon: la BoJ flexibilise sa politique monétaire, vise à terme 2% d'inflation

mercredi, 21.09.2016

La BoJ a dressé un bilan de son action sous l'égide du gouverneur Haruhiko Kuroda, arrivé au printemps 2013. A cette occasion, elle a pris acte des effets secondaires de son action qui a tiré vers le bas les rendements des titres financiers à long terme.

Le programme de rachats d'actifs, auparavant fixé à 80.000 milliards de yens (690 milliards d'euros) par an, pourra désormais fluctuer autour de ce montant. - (Reuters)

La Banque du Japon (BoJ) a fait un geste mercredi envers les banques en adoptant un cadre plus flexible destiné à limiter les effets négatifs de sa politique ultra-accommodante, au risque toutefois de brouiller les pistes.

Son gouverneur Haruhiko Kuroda avait promis fin juillet de rendre des comptes, trois ans après le lancement d'une audacieuse offensive monétaire. C'est chose faite et le combat continue, a-t-il promis lors d'une conférence de presse, répétant que la banque centrale n'hésiterait pas à assouplir sa politique si besoin pour atteindre l'objectif d'inflation de 2%.

En revanche, l'institution a pris acte des effets secondaires de son action qui a tiré vers le bas les rendements des titres financiers à long terme, heurtant la rentabilité des banques tout en affectant par ricochet les pensions de retraite et assurances vie.

"Un repli excessif peut avoir un impact négatif sur l'activité économique en conduisant à une dégradation du moral" des consommateurs, a souligné la BoJ. De ce fait, elle a décidé de réorienter sa politique ultra-accommodante pour tenter de prévenir un déclin trop prononcé du rendement des obligations à 10 ans. Le but est qu'il "se maintienne autour de 0%", a-t-elle précisé.

Dans la foulée du communiqué, le rendement de ces titres repassait en territoire positif pour la première fois depuis mars, grimpant à 0,005%.

Concrètement, le programme de rachats d'actifs, auparavant fixé à 80.000 milliards de yens (690 milliards d'euros) par an, pourra désormais fluctuer autour de ce montant, avec moins d'achats de titres à très long terme dans le souci de contrôler "la courbe de rendement" des obligations.

Dans une optique de court terme, le taux d'intérêt négatif - une pénalité imposée aux banques qui déposent trop d'argent auprès de la banque centrale pour les inciter à prêter aux entreprises et aux particuliers - reste pour sa part inchangé à -0,1%.

A la Bourse de Tokyo, les valeurs bancaires ont eu les faveurs des acheteurs - Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG) et Mizuho ont fini sur un gain de quelque 7% -, dopant le Nikkei qui a bondi de près de 2%, tandis que le yen se repliait à la perspective de nouvelles injections massives de liquidités dans le circuit monétaire.

'Trop compliqué'

Mais d'aucuns parient sur un rebond éphémère, le temps de mieux saisir la portée de ces annonces.

Si la BoJ avait promis d'améliorer sa communication, cette publication a laissé nombre d'observateurs perplexes.

Pour Martin Schulz, économiste chez Fujitsu Research Institute, "tout cela est très sensé, mais sera très difficile à réaliser".

"Au final, la BoJ a réussi à se donner plus de flexibilité, mais au risque de créer un cadre bien trop compliqué. Si elle a effectivement surpris, le constat reste le même: il n'y a pas grand chose pour vaincre l'état d'esprit déflationniste", ont jugé les analystes de Mizuho Securities.

Même scepticisme du côté de Michael Hewson, chez CMC Markets. "Si ces actions peuvent aider les banques, elles ne soutiendront probablement pas l'économie japonaise, et d'une certaine manière le fait que la politique de la BoJ devienne aussi expérimentale montre le peu de marge de manoeuvre dont elle dispose", a-t-il réagi dans une note.

A l'image de la Banque centrale européenne (BCE), le gouverneur Kuroda a innové à la tête de la Banque du Japon en usant de toute une palette d'outils non conventionnels. Mais l'enthousiasme du début, avec l'affaiblissement du yen, des profits records des entreprises exportatrices et une inflation frémissante, s'est évanoui.

"Les jours où la BoJ pouvaient compter sur les effets positifs de sa politique sont révolus", note Yuki Masujima, économiste de Bloomberg Intelligence. Les derniers mois ont été éprouvants: "une demande asiatique atone, le choc du Brexit et la chute des cours du pétrole", et la banque centrale nippone a semblé impuissante à revigorer une troisième économie mondiale atone.

Son sort est aussi lié à la Réserve fédérale américaine (Fed) qui tarde à relever ses taux, ce qui ne fait pas les affaires de l'économie japonaise en contribuant à affaiblir le dollar face au yen. Son Comité de politique monétaire (FOMC) doit publier dans les prochaines heures un communiqué, mais, sauf grosse surprise, un statu quo se profile. - (awp)


 

 
 



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