La blockchain où l’oracle n’est pas une divinité

jeudi, 19.12.2019

Olivier Desjeux*

Olivier Desjeux

Le précédent article avait rapidement introduit la notion d’oracle. L’oracle est défini comme un tiers de confiance qui valide la qualité des données fournies à la blockchain.

Il est fréquent de voir associée à la blockchain la notion de confiance implicite. Prenons un exemple qui illustre les limites de cette notion. Un produit alimentaire en supermarché est souvent exposé avec son prix et sa provenance. Le consommateur n’a d’autre choix que d’accorder sa confiance au magasin. Toutefois les récents scandales alimentaires démontrent que cette notion de confiance peut légitimement être remise en question.

A l’avenir, la blockchain fournira directement au consommateur une information dont les données seront renseignées par les fournisseurs, par les intermédiaires et même par le magasin, sans qu’aucune autorité ne puisse venir les modifier. Dans la blockchain, la liste croissante d’enregistrements est inaltérable tout au long du cycle de vie du produit. Cette chaîne d’enregistrements sous forme de blocks enchaînés entre eux, blockchain, permet à des entités qui ne se font pas confiance de s’accorder sur ces données qui sont immutables. 

La grande différence entre des systèmes informatiques centralisés, comme ceux que nous avons aujourd’hui, et la blockchain est l’absence de contrôle par une seule entité sur les données. Revenons à notre chaîne d’approvisionnement dont certains produits surgelés ont de la peine à se vendre. La tentation serait grande de troquer l’étiquette de provenance afin de faire croire au consommateur que le produit vient d’un endroit plus favorable que sa vraie origine. Mais voila, l’étiquette code-barre ou le tag NFC que le consommateur pourra scanner directement sur le produit offrira, par la blockchain, la trace complète de tous les enregistrements relatifs au produit depuis sa conception. Cette trace ne sera sous le contrôle d’aucun des intervenants de la chaîne de valeur. Et pour autant, tous les enregistrements sont garantis infalsifiables, par la nature même de la blockchain. 

La limite de cette solution très élégante reste bien entendu la qualité de la donnée qui a été inscrite dans la blockchain. Dans le cas de notre surgelé, l’oracle se présente sous au moins deux formes différentes. Premièrement, un organisme indépendant chargé d’évaluer les conditions de travail, la localisation de la récolte et la préparation des produits. Ces conditions de travail peuvent avantageusement inclure les notions de production eco-responsable, de rejet du travail des enfants ou toute autre forme d’esclavage moderne. Deuxièmement, un ensemble de capteurs automatiques, par exemple de type RFID, qui tracent non seulement le flux de la marchandise mais également ses conditions de transport, en l’occurrence la chaîne du froid. 

Donc, l’oracle, qui n’est pas une divinité, est en réalité une multitude de tierces parties/organisations ou de capteurs qui confèrent à la donnée la justesse et la précision qui ferait défaut pour s’assurer de sa qualité. Par son caractère décentralisé et immutable, la blockchain assure intrinsèquement le reste de la confiance, permettant ainsi de se passer d’audits très coûteux de systèmes centraux.

* Consultant stratégie nouvelles technologies 






 
 

AGEFI




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