La BCE restera disposée à agir davantage

mercredi, 29.04.2020

Arthur Jurus*

Arthur Jurus. Le stress sur le marché interbancaire européen est deux fois moins important que sur celui américain, si l’on mesure l’écart entre le rendement monétaire et les obligations d’état à 3 mois.

Les maux institutionnels de l’Union européenne ne se soignent pas malgré les années. Si le Brexit pouvait insuffler un regain de cohésion entre membre, l’urgence sanitaire actuelle a finalement imposé aux membres d’agir unilatéralement dans un premier temps. A l’opposé du Mécanisme européen de stabilité et de la Commission européenne qui devraient prochainement fournir au moins 340 milliards de liquidités après deux mois de pandémie, une seule institution européenne s’est avérée réactive : la Banque centrale européenne (BCE).

Mais devrait-elle agir davantage ce jeudi ? Pas nécessairement. L’institution monétaire mène dorénavant deux objectifs pour assurer la stabilité financière. Le premier est de maintenir bas les taux d’intérêt pour favoriser l’expansionnisme budgétaire des États. Le second objectif est de fournir des liquidités aux banques pour soutenir la croissance du crédit au secteur privé.

Pour ces deux objectifs, il n’y a pas d’urgence. Premièrement, le nouveau programme de rachats d’actifs a permis de limiter la hausse des taux souverains, en particulier en apportant davantage de flexibilité sur les achats de dettes souveraines. Secondement, les conditions plus favorables sur les refinancements de long terme (LTRO) ont favorisé une forte hausse des souscriptions à ces opérations. Celles-ci ont atteint 115 milliards d’euros depuis l’annonce, soit le niveau le plus élevé depuis trois ans. Par conséquent, le stress sur le marché interbancaire européen est deux fois moins important que sur celui américain, si l’on mesure l’écart entre le rendement monétaire et les obligations d’état à 3 mois.

Seul un changement sur la composition des rachats de crédits d’entreprises pourrait intervenir. La BCE pourrait ainsi intégrer les entreprises dont le risque de crédit a récemment été dégradée du segment de bonne notation vers le segment spéculatif.

Par ailleurs, deux sujets prioritaires devront être évoqués lors la conférence de presse : les prévisions économiques et la dette italienne. Les prévisions de croissance du PIB pour 2020 sont officiellement de 0,8% et officieusement entre -8% et -15%... selon les déclarations de la présidente de la BCE. La vitesse de reprise de l’activité économique fera ainsi l’objet d’une discussion, tout comme la disposition de l’institution monétaire à acheter davantage de dettes italiennes en cas d’une nouvelle dégradation de son endettement.

Enfin, la présidente de la BCE devrait probablement s’exprimer sur trois enjeux plus secondaires. Le premier portera sur la monétisation de la dette, soit la souscription directe par la BCE d’émissions obligataires d’un gouvernement. Cette solution a pourtant déjà été exclue par sa présidente.  Le second enjeu portera sur la mise en place d’une dette mutualisée mais qui est davantage du ressort de la Commission européenne. Enfin, le troisième sujet portera sur l’hypothèse de créer formellement des dettes perpétuelles. Une solution très en retard sur la réalité puisque l’ensemble des actifs arrivant à échéance sont déjà réinvestis par la BCE depuis des années!

* Chef économiste Landolt & Cie






 
 

AGEFI



...