La BCE apporte des liquidités au secteur privé

jeudi, 12.03.2020

Arthur Jurus*

Arthur Jurus.

- La BCE a maintenu son taux directeur à 0,00% et son taux de dépôt à -0,50%. Si les investisseurs anticipaient une baisse de 10 points de base dès mars, les analystes étaient plus partagés. En particulier, car une nouvelle baisse pénaliserait la profitabilité du secteur bancaire européen et nécessitait des mesures additionnelles pour compenser cette réduction, comme un niveau d’exemption plus important sur le taux négatif.

- La BCE augmentera ses rachats nets d’actifs. Ces derniers sont actuellement de 20 milliards d’euros par mois et s’ajoutent aux réinvestissements d’un montant équivalent. Le package atteindra 120 milliards d’euros supplémentaires pour 2020 et ciblera davantage le crédit entreprise qui représentait jusqu’alors 24% des rachats nets mensuels.

- La BCE a révisé fortement à la baisse ses attentes de croissance économique pour 2020 de 1,2% à 0,8%, et faiblement pour 2021 de 1,4% à 1,3%. Ces prévisions devraient être encore révisées en baisse en juin prochain - les pleins impacts du Coronavirus ne pouvant pas encore être pris en compte. Enfin, le taux d’inflation a été révisé en baisse de 1,2% à 1,1% en 2020, en raison de la baisse du prix du baril, mais reste stable en 2021 (1,4%) et 2022 (1,6%).

- De nouvelles opérations de refinancement temporaires de long-terme (LTRO) seront réalisées pour prévenir un éventuel choc de liquidité – qui n’est pas observé à ce jour. Cette mesure est donc préventive. Les conditions seront aussi améliorées. Les conditions d’emprunt pourront ainsi atteindre -0,75% contre un taux de dépôt de -0,50%, et le volume de refinancement contracté par le secteur bancaire lors de ces opérations pourrait potentiellement atteindre 3 trillions d’euros contre 1,7 trillion initialement. Ces annonces doivent maintenir les conditions de financement ainsi qu’assurer des conditions de crédit favorables à l’économie réelle.

- Nous attendons toujours une récession économique en zone euro qui nécessitera davantage de baisses des taux par la BCE et des rachats d’actifs. La Réserve fédérale américaine réduira son taux la semaine prochaine, intensifiera ses interventions sur le marché interbancaire et interviendra davantage en raison de la dégradation à venir de l’activité économique US. En réaction, le dollar devrait se déprécier, l’euro s’apprécier. Cette situation mettra davantage sous pression l’activité économique européenne et donc la BCE.

* Chef économiste, Landolt & Cie






 
 

AGEFI



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