BNS: une nouvelle baisse du taux directeur serait inefficace

jeudi, 24.09.2020

La Banque nationale suisse a confirmé la poursuite d’une politique monétaire accommodante par des interventions de change sur le marché des devises et des apports de liquidité aux banques commerciales.

Arthur Jurus*

Arthur Jurus

La Banque nationale suisse a laissé inchangé son taux d’intérêt directeur à -0,75% et a confirmé la poursuite d’une politique monétaire accommodante par des interventions de change sur le marché des devises et des apports de liquidité aux banques commerciales. Elle pourrait surtout être amenée à renouveler sa stratégie de politique monétaire au cours des prochains trimestres.

Les perspectives sur l’inflation ont été révisées en hausse mais la progression des prix reste insuffisante pour justifier le relèvement du taux directeur. La BNS anticipe notamment une sortie de déflation plus rapide, dès 2021, en raison (i) de la hausse du prix du pétrole et (ii) d’un rebond de l’activité plus important et justifié par un niveau de récession en 2020 révisé de -5% à -6%.

Par ailleurs, une nouvelle baisse du taux directeur serait inefficace. L’absence de réaction par la BNS sur sa politique de taux, malgré celle agressive des taux américains, confirme cette approche. La primauté est dorénavant donnée à la stabilité financière par des opérations d’apport de liquidités et la volonté de ne pas affecter davantage la profitabilité du système bancaire.

Les interventions pour «contrer les pressions à la hausse sur le franc» resteront donc élevées ces prochains mois, en l’absence de marge de manœuvre sur les taux directeurs. En 2020, ces dernières ont atteint plus de 119 milliards de francs pour limiter l’appréciation du franc dont la valeur de long-terme, selon les parités de pouvoirs d’achat, justifierait une dépréciation face au dollar américain et face à l’euro de respectivement 5% et 12%.

Dans ce contexte, une revue de stratégie de politique monétaire semble nécessaire, au même titre que celles entamées par la Fed ou la BCE. Un objectif cible d’EUR/CHF avait rendu insoutenable les interventions de change par la BNS, jusqu’à la suppression du niveau plancher en janvier 2015. Actuellement, l’absence de cible explicite a coûté cette année et en moyenne plus de 13 milliards de Francs par mois à la BNS. Les montants injectés en 2020 sont ainsi équivalents à ceux observés entre 2012 et 2015.

Dit autrement, notre monnaie forte nécessite une politique monétaire toujours plus proactive de la BNS. Dans ce contexte, l’absence de marge de manœuvre sur les taux directeurs et leur faible efficacité devient préoccupante. Un enjeu essentiel au cours des prochains mois mais déjà surmonté dans les années septante.

* Chef économiste Landolt & Cie






 
 

AGEFI



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