Japon: la BoJ à l'heure du bilan, trois ans après l'offensive Kuroda

mercredi, 21.09.2016

La Banque du Japon (BoJ) rend mercredi des comptes, trois ans après le lancement d'une offensive monétaire audacieuse par son gouverneur Haruhiko Kuroda.

Haruhiko Kuroda a beau répéter qu'elle "dispose encore d'une grande marge de manœuvre", les économistes pointent les effets secondaires négatifs des outils non conventionnels déployés. - (Reuters)

La Banque du Japon (BoJ) rend mercredi des comptes, trois ans après le lancement d'une offensive monétaire audacieuse par son gouverneur Haruhiko Kuroda, alors que l'enthousiasme des débuts a laissé place au scepticisme sur l'efficacité de cette politique.

L'institution assortira-t-elle son rapport de nouvelles mesures d'assouplissement ? Les économistes sont partagés: certains prédisent le statu quo, avec au mieux des ajustements, d'autres un abaissement des taux négatifs ou une expansion du massif programme de rachat d'actifs de 80.000 milliards de yens (690 milliards d'euros).

Dans tous les cas, "c'est un vrai test pour la stratégie de communication de la BoJ", qui a déçu récemment et doit convaincre les marchés qu'il lui reste des munitions, relèvent les analystes de Mizuho Securities dans une note.

Affaiblissement du yen, profits records des entreprises exportatrices, inflation qui frémit: "les jours où la BoJ pouvaient compter sur les effets positifs de sa politique sont révolus", note Yuki Masujima, économiste de Bloomberg Intelligence. Les derniers mois ont été éprouvants: "une demande asiatique atone, la Fed qui tarde à relever ses taux, le choc du Brexit et la chute des cours du pétrole", et la BoJ a semblé impuissante.

Haruhiko Kuroda a beau répéter qu'elle "dispose encore d'une grande marge de manœuvre", les économistes pointent les effets secondaires négatifs des outils non conventionnels déployés.

Sa politique de rachats d'actifs, l'arme la plus puissante, atteint ses limites, la banque centrale détenant déjà plus de 30% de la dette publique du pays. "La frénésie d'achats réduit la liquidité du marché, soulevant des inquiétudes sur la stabilité financière", souligne M. Masujima.

Quant aux taux négatifs, une pénalité imposée aux banques qui déposent trop d'argent auprès de la banque centrale pour les inciter à prêter aux entreprises et aux particuliers, ils sont décriés par le secteur financier et "impopulaire chez les retraités", qui voient la valeur de leurs pensions diminuer.

Les "abenomics" à la loupe


Plutôt que de se risquer à un nouvel assouplissement dans l'immédiat, la BoJ pourrait faire un geste envers les banques et assureurs (en minimisant par exemple les achats de titres à très long terme pour éviter que leur taux ne baisse trop), selon le quotidien économique Nikkei. Elle préparerait ainsi le terrain à une future accentuation de sa politique de taux négatifs.

Autre annonce possible, l'abandon d'un calendrier précis pour atteindre l'objectif d'inflation de 2%. Censé être atteint en 2015, il semble hors de portée alors que les prix à la consommation ont reculé ces derniers mois. "La banque centrale va débattre d'un changement de stratégie afin d'adopter une vision de long terme", et "éviter une pression intense des marchés qui espèrent un geste à la veille de chaque réunion", avance le journal.

La Banque du Japon garde aussi un oeil sur la Réserve fédérale américaine (Fed), qui boucle sa réunion dans quelques heures. Celle-ci devrait une nouvelle fois faire preuve de patience, ce qui ne fait pas les affaires de la BoJ en contribuant à affaiblir le dollar face au yen.

Le rapport en lui-même ne devrait guère réserver de surprises. "Quand un examen est réalisé par les principaux intéressés, il tend à être complaisant et pourrait manquer d'objectivité", avertit Hiromichi Shirakawa, analyste chez Credit Suisse. "En outre, il n'est pas très juste de passer en revue la politique monétaire seule".

Car elle fait partie d'un ensemble de recettes baptisée "abenomics", du nom du Premier ministre conservateur Shinzo Abe. "Les deux autres volets - largesses budgétaires et réformes structurelles - devraient également être passés à la loupe", estime M. Shirakawa.

Depuis le lancement de cette stratégie fin 2012, la troisième économie mondiale oscille entre contractions et modestes croissances.

L'annonce mercredi d'un déficit commercial surprise pour le mois d'août, sur fond de nouveau recul des exportations, est venue confirmer les difficultés de l'archipel, faute d'un moteur de relance, avec en toile de fond un inexorable déclin démographique. - (awp)


 

 
 



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