La Banque d'Angleterre joue la prudence en plein flou sur le Brexit

jeudi, 21.03.2019

La Banque d'Angleterre a laissé inchangée sa politique monétaire jeudi, s'inquiétant toujours de l'impact économique des incertitudes d'un Brexit dont les contours sont encore totalement flous à huit jours de l'échéance théorique.

La banque centrale a reconnu qu'en raison du Brexit il lui était plus difficile que d'habitude de tirer des conclusions sur l'évolution de la croissance à moyen terme.(Keystone)

Sans surprise, les membres du Comité de politique monétaire (MPC) de la banque centrale britannique ont maintenu le taux directeur à 0,75% et la poursuite du programme de rachat d'actifs.

A huit jours de la date théorique de la sortie de l'UE, la BoE a évoqué des dernières données économiques "mitigées", jugeant que "les incertitudes autour du Brexit continuent de peser sur la confiance et l'activité économique à court terme".

La banque centrale a reconnu qu'en raison du Brexit il lui était plus difficile que d'habitude de tirer, à partir des données économiques de court terme, des conclusions sur l'évolution de la croissance à moyen terme.

Lors de sa dernière réunion en février, la Banque d'Angleterre avait sévèrement abaissé ses prévisions de croissance pour les années à venir, anticipant une augmentation du produit intérieur brut de 1,2% et 1,5% pour 2019 et 2020 (contre 1,7% pour les deux années précédemment).

Les membres du MPC ont souligné que "la variation des attentes à propos de la nature potentielle et de la date de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne a continué à générer de la volatilité sur les actifs britanniques, et particulièrement sur la livre".

Celle-ci s'est appréciée d'environ 3% depuis la dernière réunion en février, reflétant les espoirs d'un accord final entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, malgré les nombreux obstacles.

La Première ministre britannique Theresa May a officiellement demandé à l'Union européenne un report du Brexit au 30 juin, mais Donald Tusk, le président du Conseil européen, a conditionné ce report à l'approbation par les députés britanniques de l'accord négocié entre Londres et Bruxelles, qu'ils ont déjà massivement rejeté deux fois.

Les dirigeants européens s'apprêtent d'ailleurs jeudi lors d'un sommet européen à examiner cette demande de report qui suscite également des remous au sein du Parlement britannique.

Prêt pour le "no deal" ?

Les milieux d'affaires craignent toujours pour leur part un Brexit sans accord, qui serait le scénario du pire pour eux et pourrait créer un choc sur l'économie.
Signe que la perspective d'une sortie sans accord est prise au sérieux, environ deux tiers des entreprises britanniques ont effectué des démarches en vue d'un tel scénario, et 80% se disent "prêtes" à un Brexit "sans accord ni transition" le 29 mars, contre 50% en janvier, selon une enquête réalisée par la BoE.

"Il y a cependant toujours une minorité significative, un peu moins d'un tiers, qui n'a effectué aucune démarche", a néanmoins souligné l'institution.

Parmi les chefs d'entreprises qui disent ne pas s'être préparés, presque la moitié juge qu'un
Brexit sans accord n'aura aucun effet sur leur activité.

Néanmoins, selon les résultats, parmi les 300 chefs d'entreprise interrogés, la majorité pensent toujours qu'un Brexit dur conduira à une chute de l'emploi et de l'investissement au cours des 12 prochains mois, même s'ils sont légèrement plus optimistes sur son ampleur par rapport aux dernières enquêtes.

Enfin, sur le plan de la politique monétaire, la BoE a réitéré son souhait de pouvoir remonter un peu ses taux de manière progressive, si l'économie évolue conformément à ses prévisions.

La banque centrale a souligné qu'avec une inflation à 1,9% en février sur un an, la hausse des prix était à un niveau proche des 2%, objectif de la BoE.

"Il n'est pas étonnant que la Banque ait décidé d'opter pour le statu quo compte tenu des incertitudes politiques majeures et il ne faut pas s'attendre à quelque chose de spectaculaire de sa part tant qu'on n'y voit pas plus clair sur le Brexit", prévient David Cheetham, analyste chez XTB.(awp)






 
 

AGEFI



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