Ne jamais sous-estimer l’impact d’une banque centrale

vendredi, 15.11.2019

La Banque centrale européenne a relancé son programme d’achat d’actifs. L’ampleur de l’opération a surpris.

Gianni Pugliese*

Gianni Pugliese

La BCE a relancé son programme d’achat d’actifs plutôt énergiquement sans pour autant apaiser le scepticisme lié aux perspectives des marchés de crédit. 

Elle a acheté 2,8 milliards d’euros d’obligations d’entreprises de catégorie «investissement» lors de sa première vague d’achats hebdomadaires qui s’est terminée le 8 novembre. L’ampleur de l’opération a surpris: le montant accumulé en une semaine correspond aux prévisions d’achats sur un mois. Le premier programme d’achat avait été suspendu en décembre dernier avant qu’un second ne soit lancé pour contrer le ralentissement de la croissance en zone euro. 

En principe, la taille de l’intervention aurait dû être interprétée positivement car de bon augure pour les obligations privées. Seulement voilà, ceux qui voient le verre à moitié vide tablent au contraire sur un écartement des primes de risque, jugeant que les achats ne suffiront pas pour compenser le poids négatif d’une économie en perte de vitesse. Certes, l’assouplissement quantitatif est un facteur de soutien mais cette fois-ci il ne parviendra pas à reproduire les fruits du premier programme. 

Les arguments avancés par les «sceptiques» soulignent une différence de contexte: entre 2016 et 2018, les facteurs positifs convergeaient alors que ce n’est pas le cas actuellement. Certains attribuent d’ailleurs l’essentiel du resserrement des spreads de ces deux dernières années à l’amélioration de la conjoncture économique – les achats de la BCE ne comptant que dans une moindre proportion.

Côté verre à moitié vide encore, le niveau de rémunération au-dessus des rendements souverains demeure très bas. A 101bp, le spread de l’indice Bloomberg Barclays Euro Corp. IG se situe à 4bp à peine des plus bas de l’année. Autrement dit, le potentiel de resserrement supplémentaire semble d’autant plus limité qu’en 2020, le marché sera confronté au Brexit en début d’année et aux élections présidentielles américaines en novembre. Certains «sceptiques» en concluent que les spreads de crédit notés en catégorie d’investissement pourraient s’élargir de 30bp l’année prochaine. 

Alors faut-il s’inquiéter pour autant? La récession est un facteur crucial. Sans elle, les achats de la banque centrale auront tout au moins un pouvoir de stabilisation des spreads. Certes, les sociétés dont les bilans sont faibles sont vulnérables, surtout si leurs emprunts ne sont pas éligibles au programme d’achat de la Banque centrale européenne. A l’inverse, les signatures dont les bilans sont plus solides bénéficieront encore de l’impact positif de la BCE, y compris celles qui ne sont pas éligibles. 

C’est ce qu’a semblé nous indiquer le marché primaire cette semaine. Coca-Cola Hellenic (éligible) a levé 500 millions d’euros à 10 ans à un rendement de 0,72%, alors que les conditions initiales d’émissions indiquaient 0,95%. Harley-Davidson (non-éligible) a emprunté 600 millions d’euros sur 5 ans à un rendement de 0,87% contre 1,23% initialement proposé. Les deux émissions ont été largement sursouscrites avec un carnet d’ordres 4,5 milliards d’euros pour Harley-Davidson! Ne jamais sous-estimer l’impact d’une banque centrale...

* Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI




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