La BCE espère «verdir» sa politique d’ici fin 2020

jeudi, 23.01.2020

La banque centrale a maintenu son taux de dépôt à -0,5% et prolongé les rachats d’actifs à 20 milliards d’euros par mois.

Arthur Jurus*

Arthur Jurus.

La banque centrale a maintenu le statu quo sur sa politique monétaire et annoncé le début des discussions pour renforcer ses objectifs stratégiques dont les derniers avaient été définis en 2003. Ces annonces étaient attendues et ont confirmé qu’une politique accommodante était structurellement souhaitable.     
Le taux de dépôt est ainsi maintenu à -0,5%, tandis que les rachats nets d’actifs se prolongeront à hauteur de 20 milliards d’euros par mois. En ajoutant les réinvestissements, la BCE interviendrait à un rythme mensuel et moyen en 2020 de 40 milliards d’euros par mois. Ce chiffre atteindrait 54 milliards en avril et en juillet.
La revue stratégique portera sur l’objectif de stabilité des prix. L’hypothèse d’un abaissement de la cible proche des 2% est une possibilité. Une seconde possibilité porterait sur l’adoption d’une cible symétrique. L’objectif actuel vise une inflation inférieure et proche de 2%. Une tolérance au-delà de 2% pourrait ainsi être appliquée. Néanmoins, les attentes d’évolution des prix des directeurs d’achat européens signalent qu’un regain d’inflation est moins probable que des pressions désinflationnistes.
Une attention particulière devra être portée sur les potentiels rachats d’obligations vertes par la BCE. Cela est techniquement possible puisque le mandat de la BCE vise à soutenir la politique économique générale au sein de l’Union sans faire obstacle à la stabilité des prix. Or, la Commission Européenne veut renforcer la protection de l’environnement. Néanmoins, la problématique environnementale soulève deux problèmes.
Le premier est que la lutte contre la dégradation de l’environnement pourrait s’opposer à la stabilité des prix. Les mesures de protection de l’environnement pourraient créer un choc d’offre à court terme qui réduirait la production de denrées alimentaires et justifieraient une augmentation des prix.
Le second est qu’une intervention significative de la BCE dans la sphère des «green bonds» serait source d’instabilité financière. La transition énergétique porte un risque lié à la réévaluation des actifs financiers. Ceux jugés «les plus verts» seraient ainsi positivement discriminés et leur endettement encouragé. Or, cela serait contraire au principe de neutralité suivi par la BCE et pourrait perturber le système bancaire européen dont l’exposition aux producteurs d’énergies fossiles est proche du trillion d’euros.
Deux alternatives existent. La Banque Européenne d’Investissement (BEI) pourrait émettre des obligations «vertes». Augmenter l’offre obligataire s’avèrerait une solution faisable et acceptable. Mais associer la BCE n’est pas indispensable. La demande de la part des investisseurs privés devrait rester prioritaire et importante, notamment dans un environnement déjà fortement perturbé par l’omniprésence de l’institution européenne. Une seconde alternative serait pour la BCE de renforcer le cadre réglementaire pour davantage mettre à contribution le secteur financier européen dans la transition bas carbone.
Dans l’attente de «verdir» sa politique monétaire, la BCE devrait rester accommodante en apportant de nouvelles liquidités - dernière ressource abondante pour les investisseurs.

* Chef économiste, Landolt & Cie






 
 

AGEFI




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