La correction sur le marché, une opportunité d’achat ou la fin d’un cycle haussier?

mercredi, 31.10.2018

La baisse est perçue par nombre d’investisseurs comme une opportunité d’achat avant la reprise attendue par beaucoup en novembre.Attention aux risques à moyen terme.

Klaus Kaldemorgen*

Klaus Kaldemorgen

Après l’été caniculaire, les températures extérieures refroidissent sensiblement. Celui qui n’adapte pas ses vêtements à la saison risque d’attraper un rhume. C’est la même chose pour les investisseurs sur le marché des actions: pour l’instant, ils considèrent que la correction actuelle est liée à la saison. Après tout, le mois d’octobre n’a pas la meilleure des réputations en bourse.

La baisse est donc accueillie par de nombreux investisseurs comme une bonne opportunité d’achat avant la reprise annuelle attendue par beaucoup en novembre. Et en effet, certains éléments indiquent un rebond à la fin de l’année pour des raisons saisonnières. Si l’on examine les dix dernières années, les marchés des actions se sont redressés huit fois en décembre. En revanche, le mois de janvier a clôturé en baisse six fois sur dix. Cela ouvre donc des opportunités à court terme pour les investisseurs flexibles. Ces derniers ne devraient toutefois pas ignorer les risques à moyen terme.

Une alternative attractive

Après deux corrections sévères cette année, les marchés des actions s’inscrivent à peine dans le positif, en euros du moins. La forte incertitude perceptible des investisseurs est imputable à deux circonstances: la hausse des taux est peut-être le facteur le plus important. Les rendements des obligations du Trésor américain à deux ans ont plus que doublé en un an, à plus de 2,8 %. Pour les investisseurs américains du moins, ce placement présentant vraisemblablement le moins de risque constitue donc une alternative attractive au marché des actions américain ébranlé.

Si l’économiste en chef respecté de Goldman Sachs, Jan Hatzius, a raison, les rendements américains augmenteront encore jusqu’en 2020 en raison de la pression salariale croissante, si bien que des rendements de près de 4% pourraient être atteints. Ce n’est pas un obstacle en soi pour le marché des actions. Mais il semble malheureusement que les conflits commerciaux déclenchés mettent également la croissance de l’économie mondiale sous pression. L’expansion s’atténuera dans l’année à venir, c’est une certitude, reste seulement à savoir à quelle vitesse et à quelle intensité. Ce cocktail d’inflation croissante, de hausse des intérêts et de croissance en baisse pèsera à moyen terme aussi sur les bénéfices des entreprises et donc sur les marchés des actions. Les neuf années consécutives de hausse des bourses américaines devraient ainsi prendre fin.

Alors que les indices boursiers aux Etats-Unis sont encore en pleine correction avec une perte d’environ 10 %, le Dax et les actions européennes sont presque déjà passés du pic à une baisse, avec un recul d’environ 19 %. Cela reflète les sollicitations externes et internes supplémentaires auxquelles l’Europe est exposée.

Ainsi, la présentation du budget italien enfreignant les directives européennes a rappelé des souvenirs de la crise de l’euro de 2011. Le Dax avait alors chuté de 33 %. En outre, la discussion désastreuse concernant le moteur diesel nuit principalement à l’industrie automobile allemande et donc à notre économie nationale. Comme si le passage des moteurs thermiques aux moteurs électriques ne plaçait pas de toute façon le secteur, mais aussi l’Allemagne, devant de grands défis.

Le conflit commercial initié par les Etats-Unis affaiblit également l’économie européenne. La Banque centrale européenne ne bougera probablement toujours pas, à cause de la nette hausse des taux en Italie, et reportera les resserrements de la politique monétaire aussi loin que possible à la fin de l’année prochaine. Cela mettra encore l’euro sous pression. Une relance de l’économie par une politique monétaire plus expansionniste n’est tout simplement pas possible, car la Banque centrale européenne ne dispose plus d’aucune munition.

Il n’y a même pas besoin de scénario de récession pour prédire une baisse du cours des actions pour l’année 2019. Une croissance économique plus faible associée à des coûts salariaux et de financement plus élevés suffisent pour mettre les bénéfices des entreprises sous pression.Actuellement, les prévisions du consensus d’une hausse de dix pour cent pour les bénéfices des entreprises américaines semblent surestimées. En raison de la hausse des taux, les valorisations des actions pourraient parallèlement reculer.

Dans un tel scénario, les achats d’actions ne semblent recommandés que si un haut niveau de pessimisme se répand.

* DWS






 
 

AGEFI



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