La «grande» transformation

mardi, 13.11.2018

Xavier Comtesse / Philippe Grize*

Xavier Comtesse et Philippe Grize

Depuis la première révolution industrielle, la machine a pris une part importante dans la création de richesse de nos économies avancées. Le train, la voiture, l’avion mais aussi les machines à laver, à café, la photocopieuse, le fax puis l’ordinateur avant l’avènement du téléphone mobile, notamment,  l’évolution de notre société est ponctuée par l’apparition de nouvelles machines et objets dédiés à notre confort et à l’efficacité du travail.

Avec la révolution numérique les choses vont encore changer drastiquement car la plupart des «machines» seront virtuelles. En effet, avec l’intelligence artificielle (IA) on aura avant tout à faire avec des algorithmes de type auto-apprenants qu’on appelle curieusement «machine learning». Cette appellation n’est en fait pas usurpée car ce sont de véritables machines dont les rouages sont fait d’algorithmes.

Tout se passe -symboliquement- avec des données comme matière première, comme l’acier peut l’être dans l’industrie, qui sont transformées, assemblées, packagées et valorisées sous forme de produits commercialisables. L’économie se dématérialise en quelque sorte mais les services et la création de valeur restent bien réels.
Et le plus important changement tient dans l’autonomie de la machine, par exemple la voiture autonome, les drones sans pilote, etc. Mais attention de ne pas confondre autonomie et indépendance car ces «machines» restent pour l’instant dépendantes de l’homme en ce qui concerne leur conception, leur mise en fonction ou leur approvisionnement en énergie (l’homme pouvant heureusement toujours tirer la prise…).

Mais la machine après avoir été longtemps sous l’emprise de l’homme s’émancipe. C’est le «marqueur» de notre époque.

Les conséquences économiques que cela peut représenter sont encore à venir mais des gains en compétitivité et en productivité vont surgir de l’application de l’IA dans l’industrie et de nouveaux produits vont voir le jour, connectant directement les clients avec les fabricants. Plus encore, les nouvelles machines-outils auto-apprenantes vont remplacer celles à commande numérique et planifieront leur besoin en maintenance avant que ne survienne une panne et un arrêt de production. On change de génération! Et les aspects économiques sont tout simplement énormes, les gains dans l’industrie sont estimés à plus de 10.000 milliards de francs. Il est clair que seul les industriels qui sauront maîtriser les compétences en IoT (internet des objets), en Big Data et en machine learning, seront les vainqueurs de la 4e révolution industrielle.

Reste encore la question de la valorisation par de nouveaux «business models» industriels. Ils vont aussi devoir changer de paradigmes à l’instar du modèle «Software as a Service», les fournisseurs seront rétribués lorsque leur machine aura fabriqué les bonnes pièces au bon moment, ce sera l’avènement du «Machine as a Service». En effet, les chaînes de valeurs digitales et le cloud computing vont également dématérialiser les modèles d’exploitation actuels. Les entreprises établies de longue date devront procéder à d’importants changements et imaginer de nouvelles façons de générer des profits basés sur les données valorisées en services.

Il est temps que les entreprises industrielles traditionnelles fassent de même, avant qu’un «nouveau parvenu» ne les déloge!

* Mathématicien / Directeur, HE-Arc Ingénierie






 
 

AGEFI



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