Pétrole : l’outsider menace le champion

jeudi, 14.05.2020

Jusqu’à présent le WTI a eu la faveur des investisseurs, mais le Brent offre aujourd’hui des avantages en termes de résilience et de performance.

Nitesh Shah*

Nitesh Shah

Ces dernières semaines, suite à la chute des cours du pétrole, de nombreux investisseurs se sont positionnés de manière à pouvoir tirer parti d’un rebond de ces cours. Il reste à déterminer lequel des deux principaux cours de référence, Brent ou WTI, offre actuellement le meilleur potentiel. A première vue, le WTI a la faveur des investisseurs.

Par exemple, l’ETP de WisdomTree sur le WTI a attiré des flux d’un montant de 2,7 milliards de dollars depuis le début l’année, alors que pour l’ETP sur le Brent, le flux n’a été que de 0.7 milliard (1). Pourtant ce dernier pourrait s’avérer être le plus intéressant. Brent et WTI présentent certes de nombreuses similitudes, mais ils ont également un certain nombre de différences qui font que, sur un plan purement financier, nos préférences vont au Brent.

Un Brent plus résilient

Durant le mois dernier, ce dernier paraît avoir mieux résisté que le WTI aux épisodes de volatilité sans précédent traversés par le marché. Le 20 avril 2020, le contrat WTI pour livraison en mai chutait au-dessous de zéro. Ce contrat étant assorti d’une clause de livraison physique, il est en effet susceptible de connaître de phases de prix négatifs : au vu de la rareté des liquidités et du manque de capacités de stockage, les acheteurs ont dû payer les vendeurs pour qu’ils clôturent les contrats et conservent le pétrole.

En revanche, le Brent, négocié sur l’Intercontinental Exchange (ICE) est moins exposé à ce phénomène. Ce contrat donnant lieu à un règlement en espèces, il n’y a guère de raison pour qu’il se traite au-dessous de zéro. En effet, le règlement en espèces signifie qu’à l’expiration du contrat, son détenteur est crédité ou débité de la différence entre le prix initial et le prix à la clôture. Il ne donne donc pas lieu à une ruée sur les capacités de stockage ou sur des acheteurs potentiels disposant de telles capacités et donc à ce déterminant de prix négatifs.

De fait, comme le contrat Brent pour livraison en juin expirait le 30 avril, son renouvellement pour l’échéance de juillet s’est fait sans heurt. A l’approche de la clôture, le prix pour l’échéance juillet a convergé vers celui du contrat de juin, soit 25,39 dollars/baril, puis il a rebondi le jour suivant.

Pour les investisseurs en matières premières, la pente de la courbe des prix des contrats à terme est importante du point de vue performance. A l’heure actuelle, le fait que le contango (2) soit moins marqué pour les contrats sur le Brent qu’il ne l’est pour ceux sur le WTI rend les premiers potentiellement plus intéressants pour les investisseurs entrants. Le frein au renouvellement y est en effet moindre.

Des rebonds plus marqués

Lors des phases de reprise des cours du pétrole, le Brent tend à afficher une performance supérieure à celle du Brent. L’analyse de quatre épisodes d’effondrement suivi de reprise des cours du pétrole tend à montrer que lors des rebonds, la performance du Brent tend à être supérieure à celle du WTI. A ce propos il est important de souligner que cette analyse des performances a été effectuée sur la base des sous-indices matières premières « excess return » de Bloomberg, car ils tiennent compte de l’incidence du renouvellement des contrats à terme. Or, comme nous l’avons précisé plus haut, ceci est important du fait que la forme de la courbe des prix des contrats est déterminante pour la performance.

Le facteur OPEP favorable au Brent

Bien que chaque épisode de chute suivie d’un rebond des cours du pétrole ait ses propres causes, les efforts consentis par les membres de l’OPEP pour tenter le rééquilibrer le marché sont présents lors de chaque reprise. Or, le Brent étant généralement la référence pour les membres de l’OPEP, il tend à réagir de façon plus marquée que le WTI aux décisions de l’OPEP.

Même si le récent accord conclu par les membres de l’OPEP+ est insuffisant pour assurer l’équilibre du marché à court terme, la durée de cet arrangement permet d’espérer pouvoir atteindre cet équilibre à plus long terme. Il est encourageant de constater que l’Arabie saoudite et la Russie ont commencé à réduire leur production avant la date officielle de l’entrée en vigueur de l’accord début mai (l’une des préoccupations des acteurs du marché était en effet que ces réductions ne commencent que très tardivement). Aussi, et pour autant que cet accord soit bien respecté, la performance du Brent pourrait donc être une fois encore supérieure à celle du WTI.

*Directeur, recherche, WisdomTree






 
 

AGEFI



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