Shorter le crédit serait une grave erreur

dimanche, 10.05.2020

JUPITER. Les plans de stimulation budgétaire et monétaire devraient constituer un support important en faveur d’obligations investment-grade et à haut rendement fortement décotées.

Levi-Sergio Mutemba

Malgré la forte progression des actifs risqués depuis un peu plus d’un mois, les investisseurs ont eu tendance à rester à l’écart des fonds de placement obligataires. Du moins en Europe, comme l’illustrent les indicateurs du fournisseur de données financières Refinitiv. En effet, au premier trimestre 2020, les investisseurs ont retiré près de 74 milliards d’euros hors des fonds obligataires activement gérés. Soit des sorties nettes deux fois plus élevées que les sorties enregistrée du côté des fonds actions (-37,8 milliards d’euros).

Les gérants obligataires insistent pourtant sur l’importance de retenir les services d’un gestionnaire actif durant les phases d’incertitudes exacerbées. D’autant qu’accroître le cash ne va pas de soi dans un contexte global de taux d’intérêt extrêmement bas ou négatifs pour encore plus longtemps. «C’est durant ces phases de volatilité élevée, d’incertitudes exacerbées et de complexité croissante que nos avantages compétitifs nous distinguent», insiste Ramon Maronilla, en charge de la stratégie obligataire et forex pour l’Asie chez JP Morgan Asset Management.

Parmi les fonds obligataires activement gérés, le fonds flexible Jupiter Dynamic Bond Fund (ticker Bloomberg JUPLUSD.LX pour la version en dollars) a de quoi retenir l’attention. Sur l’année écoulée au vendredi 8 mai, le produit enregistre une performance positive (hors frais de gestion) de plus de 5%. Celle-ci s’élevait à près de 9% avant l’éclatement de la crise du coronavirus. 

Mais le fonds n’est jamais entré en territoire négatif durant cette phase de volatilité pourtant extrême. Contrairement à l’exchange-traded fund SPDR Bloomberg Barclays Global Aggregate Bond Ucits ETF (GLAG) qui, lui, baisse de 2,5% entre début janvier et le creux du 20 mars.

Le fond Jupiter Dynamic Bond, lancé en mai 2012, investit à l’échelle globale dans les obligations d’entreprise, dont le haut rendement, et la dette souveraine.

Une petite part du fonds est allouée à des titres de créance à taux variables ou FRA (floating rate notes) et les gérants ont également recours aux instruments dérivés, tels que les credit default swaps (CDS), lorsqu’ils le jugent opportun.

Un fonds qui était déjà défensif avant la crise

Co-gérant du fonds depuis son lancement et en charge de la stratégie obligataire chez Jupiter, Ariel Bezalel explique être entré dans la crise du covid-19 avec un positionnement qui était déjà défensif. Le spécialiste obligataire était en effet réservé face à des valorisations élevées et l’approche de la fin de cycle économique, en particulier aux États-Unis.

«C’est pourquoi nous avions débuté l’année 2020 avec environ 40% de la stratégie consistant dans des obligations souveraines offrant un rendement relativement plus élevé et notées AAA, telles que les U.S. Treasuries, celles-ci s’étant fortement appréciées depuis le début de l’année», précise Ariel Bezalel dans son commentaire de gestion mensuel publié la semaine dernière. «Avant la crise, 10% des actifs nets du fonds étaient des positions vendeuses sur les indices obligataires à haut rendement aux États-Unis et en Europe à travers des swaps de dérivés de crédit.»

Après en avoir récolté les fruits, le fonds a débouclé ces positions de couverture via CDS en mars, lorsque les spreads ont explosé, juste avant que les gouvernements et les banques centrales eurent annoncé leurs plans de soutien plus ou moins coordonnés à l’économie et aux marchés. «En dépit de la détérioration des fondamentaux sur les marchés du crédit, notre sentiment est que la stimulation à la fois budgétaire et monétaire offrira certainement un support et qu’il serait donc inapproprié de shorter le crédit à des niveaux de valorisation aussi faibles», estime Ariel Bezalel.

Qui ajoute que le débouclage des couvertures sur le haut rendement s’est également révélé fructueux, compte tenu du rebond significatif de cette classe d’actifs depuis fin mars. Notons toutefois, comme l’illustre le graphique ci-contre, que les investisseurs dont la devise de référence est l’euro ont été quelque peu pénalisé par la dépréciation de celui-ci, en particulier face au dollar. 

Fin avril 2020, le fonds était en effet exposé à hauteur d’un tiers environ aux marchés américains. 






 
 

AGEFI



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