Je suis un jeune papa qui votera non au congé paternité

jeudi, 17.09.2020

Damien Aubert *

Damien Aubert

Le 5 décembre 2019 restera un des plus beaux jours de ma vie, celui de la naissance de ma fille. Ce premier enfant me comble de bonheur. Pourtant le 27 septembre prochain c’est un NON que je vais glisser dans l’urne au sujet de la modification de la loi sur les allocations pour perte de gain, soit pour le congé paternité de 2 semaines. Pourquoi?

On entend souvent qu’en Suisse on est en retard par rapport aux pays nordiques. «Les jeunes pères suisses sont les moins bien lotis d’Europe». Comparons ce qui est comparable: en Norvège les pères bénéficient de 15 semaines de congé paternité mais au prix de lourdes charges sociales. Soit, plus de 8% de déduction pour l’employé et plus de 14% pour l’employeur; en Allemagne on atteint 19.5% de charges patronales et 21% pour le salarié. Dans notre pays chacune des parties paye 5.275%.

Pour l’instant, dans l’objet de cette votation, on parle de 2 semaines payées à 80% et au maximum à 196 francs par jour. Pour les petits revenus, voir son salaire diminuer de 20% pendant deux semaines alors que l’arrivée d’un enfant nécessite des investissements supplémentaires est-ce vraiment bienvenu? N’est-il pas plus agréable de poser ses vacances et de toucher ainsi son salaire à 100%?

A l’encontre de l’égalité hommes-femmes

S’agissant des entreprises, cet objet de votation pose problème: en Suisse 99% des entreprises sont des PME, soit des structures avec moins de 250 collaborateurs. Pour ces PME le problème du congé paternité réside dans la gestion des absences. Prenons la situation d’un jeune papa qui a un droit aux vacances de 5 semaines et encore des obligations militaires ou de pc, l’année de la naissance de son enfant, il serait absent 10 ou 11 semaines! Si une grande entreprise peut se permettre ces absences en «compensant» avec d’autres collaborateurs souvent pas complètement occupés, ce n’est de loin pas le cas de toutes les PME. Elles devraient alors soit faire appel à des collaborateurs temporaires (un surcoût) soit reporter la charge de travail sur les collègues avec de possibles conséquences négatives (surcharge, burn-out, etc.). Finalement, et c’est le point le plus important qui m’incite à voter non, ce congé paternité va à l’encontre de l’égalité hommes-femmes. Dans Arcinfo, on pouvait lire que tous les papas interrogés ne parlaient que de «congé parental» alors que nous ne votons pas là-dessus! Un congé parental, c’est ce qu’il aurait fallu, 14 semaines à se partager entre l’homme et la femme.

Ainsi on diminue quelque peu la discrimination à l’embauche et on se rapproche de l’égalité homme-femme sans créer des absences supplémentaires. Avec 14 semaines pour la femme et 2 semaines chez l’homme on reste très inégalitaire.

Précisons aussi que l’investissement d’un papa ne dépend pas de jours de congé dont il bénéficie mais de son envie de s’impliquer dans ce rôle si magnifique.

Pensons à nos PME, surtout en temps de crise et pensons à l’égalité homme-femme! Allons voter non à la modification de la loi sur les allocations pour perte de gain!

* Directeur ressources humaines René Wuthrich SA






 
 

AGEFI



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