Fonds couverts: l’envers de la couverture

vendredi, 31.05.2019

Investissements. Le repas offert par les parts de fonds couvertes n’est pas gratuit... et sur la durée, ce coût additionnel ne manque pas de se faire remarquer!

Ehsan Kamel*, Jonas Demaurex**

Faites le test: demandez à un gestionnaire ce qu’il peut vous offrir comme performance. Tel un jésuite, il vous rétorquera: quel risque êtes-vous prêt à prendre? Sous-entendu, il n’y a pas de repas gratuit dans les marchés financiers: si vous souhaitez plus de rendement, vous devez prendre plus de risques. 

Si vous suggérez alors à ce même gestionnaire qu’il y a des risques que vous n’aimez pas prendre, comme le fait que votre fonds de placement subisse des pertes en raison de baisse du taux de change... votre interlocuteur risque fort de vous proposer la solution clé en main d’une part de fonds couverte. Il s’agit d’une autre catégorie de parts du même fonds, où le risque de change est couvert intégralement et de manière systématique. Une solution pratique, assurément. Mais... onéreuse et de piètre qualité.

Imaginons que vous achetiez un fonds de placement qui investit dans des titres – actions et/ou obligations – aux Etats-Unis. Votre objectif est clair: ne pas effacer la plus-value que vous escomptez sur les titres par une baisse de l’USD contre le CHF, votre monnaie de référence. Puisque l’investissement original implique l’achat d’actifs en USD avec une somme d’argent en CHF, la couverture consiste en la transaction inverse. 

La performance d’une part de fonds couverte devrait théoriquement être égale à la performance d’une part non couverte plus la transaction de couverture de change. C’est ce que nous avons voulu vérifier. Pour ce faire, nous avons assemblé un échantillon de 66 fonds d’investissement en actions et obligations vendus aux investisseurs institutionnels en Suisse, libellés en USD, et qui proposent une part en CHF couvrant le risque de change. 

Frais de transactions répétés

Nous avons tout d’abord été étonné qu’un tiers des fonds prélèvent des frais de gestion supplémentaires sur la part couverte, pouvant aller jusqu’à 12 points de base par année, 5 en moyenne. A titre de comparaison, un gérant spécialisé dans la couverture du risque de change facture typiquement 1 à 2 points de base pour l’implémentation du même type de couverture. 

En termes de performance globale et sur les 8 ans de notre échantillon, une couverture systématique de l’USD-CHF à travers les fonds a conduit à un coût cumulé de -11,31% contre -9,09% pour le gérant spécialisé. Ainsi, 15 points de base se retrouvent volatilisés en moyenne chaque année dans l’échantillon analysé, par simple recours à une part de fonds couverte. Le repas offert par les parts de fonds couvertes n’est par conséquent pas gratuit... et sur la durée, ce coût additionnel ne manque pas de se faire remarquer!

L’ajustement quotidien des couvertures ainsi que les contraintes réglementaires et administratives engendrent des frais de transactions répétés mais ne suffisent pas à expliquer cette différence. En effet, le forex représente souvent une source de revenu additionnel pour certains grands gestionnaires d’actifs.

En vendant à terme la paire USD-CHF pour se couvrir, l’investisseur contracte à la fois une dette en USD et une épargne en CHF qui vont croître au rythme du taux d’intérêt prévalant dans chacun des deux pays. Lorsque le taux d’intérêt sur l’USD est plus élevé que celui sur le CHF – ce qui est le cas depuis plusieurs années – la couverture comporte un coût correspondant au différentiel de taux d’intérêt entre les deux monnaies. Un fonds de pension Suisse détenant traditionnellement environ 60% de ses actifs étrangers en USD, un différentiel de taux de l’ordre de 3,06% (comme sur l’année 2018) constitue un coût important à la performance de son portefeuille.

Paradoxalement, ne pas prendre de risques coûte plus cher en matière de couverture de change. Une solution judicieuse serait d’adopter, pour une partie de l’exposition en devise, une stratégie de couverture dynamique permettant d’ajuster le ratio de couverture aux conditions du marché. Le but est de mettre en place une couverture uniquement lorsqu’on s’attend à ce que la monnaie étrangère se déprécie et d’adapter le taux de cette couverture en fonction de l’ampleur et de la probabilité du mouvement de la devise. 

Devoir moral

Pour attester l’efficacité de cette stratégie, nous avons répété l’analyse précédente mais en comparant cette fois les coûts de couverture des fonds à ceux d’une stratégie dynamique (nette de frais). Sur la même période, la stratégie dynamique a dégagé un gain cumulé de 11,21%, alors que les fonds couverts ont, eux, enregistré une perte de 11,31%!

En séparant les processus d’investissement et de gestion du risque de change, un investisseur bénéficie d’un service personnalisé avec un devoir moral pour le gérant spécialisé d’obtenir les meilleurs coûts dans l’intérêt de son client. L’exécution est transparente, optimisée et documentée afin de pouvoir en justifier. Enfin, en choisissant un taux de couverture et une fréquence d’ajustements personnalisés, l’investisseur s’assure que le programme sied parfaitement sa tolérance au risque et ses contraintes tout en réduisant la charge du différentiel de taux.

* Business development Suisse romande, Perreard Partners Investment

** Recherche, Perreard Partners Investment






 
 

AGEFI



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