Investissement et changement climatique

mardi, 24.09.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Les craintes sur les marchés financiers se concentrent actuellement sur le risque de récession, le risque politique et géopolitique que représente la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, ainsi que les tensions croissantes autour de l’Iran, entre autres. Le changement climatique n’est pas encore perçu comme un risque dominant par les marchés. Le climat est d’avantage un bruit de fond qu’une sonnette d’alarme; plutôt considéré comme un hobby frôlant la philanthropie qu’une approche de gestion de fortune saine et nécessaire visant à préserver le capital. 

Des évènements cette semaine vont peut-être davantage sensibiliser les investisseurs. Lundi 23 septembre, les Nations Unies organisent le Sommet Action Climat à New York. Mercredi 25 septembre le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publiera son rapport sur les océans et la cryosphère (les domaines froids des hautes latitudes). Malgré ces efforts, l’urgence climatique ne semble pas encore inciter les investisseurs à se préoccuper de leurs portefeuilles pour l’instant. Comme pour le climat, l’inaction risque de provoquer des dégâts irréversibles. 

Pour nous aider à prendre conscience du potentiel de correction du prix des actifs de placement, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a publié une étude en mai 2019 sur les valeurs à risque dans les marchés financiers selon trois scénarios potentiels de réchauffement climatique: 1,5°, 2° et 3°. Les scénarios ont été simulés sur 30.000 titres ayant tous la même pondération dans le portefeuille. 

Le scénario le plus bénin, d’une augmentation de la température de 1,5°C, mettrait à risque 13% de la valeur du portefeuille. Les 500 gérants de fortune les plus importants dans le monde gèrent plus de 81.000 milliards de dollars. Ils font donc face à une perte potentielle de près de 11.000 milliards de dollars dans le meilleur des cas. Mais, comme c’est souvent le cas avec des chiffres «macro», ou agrégés, ils peuvent occulter des variations sensibles parmi les secteurs. Le secteur des sociétés des services publics serait le secteur le plus à risque, dont la valeur à risque est chiffrée à plus de 50% par le PNUE, malgré le fait que ce secteur ne représente que 10% de l’impact estimé sur l’ensemble du portefeuille. Le secteur manufacturier, par contre, représenterait un risque climatique d’environ 16% mais pourrait générer quelque 47% du risque du portefeuille. Ainsi, le risque climatique varie entre les secteurs, et met en exergue l’importance de diversifier son portefeuille pour s’en prémunir

Des poursuites judiciaires ont commencé à toucher des sociétés qui pourraient être au moins partiellement responsables, comme par exemple les cas menés contre des sociétés de services publics en Californie concernant les feux multiples dont souffre la région (dont une société a accepté un règlement de 11 milliards de dollars). Une action est également menée par l’Etat de New York contre une société pétrolière qui a pu avoir mal présenté à ses investisseurs le risque climatique auquel elle fait face. 

Les gouvernements doivent impérativement obliger les sociétés à publier leur estimation du risque posé par le changement climatique sur leur activité, une information encore publiée sur une base volontaire dans la plupart des pays. A leur tour, les investisseurs devraient également s’obliger à réajuster leurs portefeuilles en conséquence.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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