Comment éviter le greenwashing?

lundi, 03.06.2019

Investissement durable. Avec l’augmentation croissante de nouveaux fonds durables, cette question revient de plus en plus souvent, notamment dans les médias.

Masja Zandbergen*

Les labels ISR se multiplient tandis que l’UE est en train de mettre au point un écolabel. Si par le passé un fonds était simplement labellisé (socialement) responsable ou non, aujourd’hui le marché fait la distinction entre différentes manières de mettre en œuvre la durabilité. Les stratégies qui se contentent d’appliquer des exclusions et qui restent labellisées durables ne devraient plus exister. Investir durablement ne se limite pas à acheter un ensemble de scores ESG que l’on applique à un portefeuille. C’est beaucoup plus que cela et bien plus complexe.

Il existe très clairement des secteurs que les investisseurs durables veulent éviter, tels que le tabac, les armes, le non-respect des droits de l’homme et certains types d’énergies fossiles comme le charbon thermique. D’autres secteurs sont moins évidents. Les énergies fossiles traditionnelles, par exemple, contribuent fortement au réchauffement climatique. Or, elles font toujours l’objet d’une forte demande et d’une forte consommation. Certains estiment que les producteurs d’énergie font à la fois partie du problème et de la solution. D’autres veulent simplement les éviter. La question est donc de savoir s’il n’est pas plus judicieux d’investir dans ces sociétés et de dialoguer avec elles pour susciter le changement que de les éviter.

Une approche intégrée

Une stratégie n’est durable que si elle est également pérenne sur le plan financier. Une approche intégrée est donc importante. Comment les tendances ESG à long terme et les coûts externes tels que le changement climatique, la perte de biodiversité et la montée des inégalités modifient-ils les modèles économiques? Investir dans les ESG ne consiste plus à réduire un univers d’investissement aux valeurs qui obtiennent les meilleurs scores. Cela suppose de s’interroger sur le développement durable et la façon dont il affecte les entreprises et les stratégies d’investissement. L’intégration structurelle des critères ESG dans le processus d’investissement aide donc les équipes d’investissement à prendre des décisions plus éclairées. Mais tout cela nécessite des ressources et des recherches dédiées. Si vous demandez à une équipe d’investissement d’ajouter les critères ESG à son processus, vous devez lui fournir les ressources et connaissances qui lui permettront de le faire. La plupart du temps, les investisseurs ne les auront pas acquises à l’université ou durant leurs formations. Étant donné qu’il existe aussi de nombreuses données sur les critères ESG, il est très important de pouvoir comprendre et apprécier ces données.

Actionnariat actif

L’actionnariat actif est une autre façon d’intégrer la durabilité amis il est nécessaire de disposer de ressources importantes pour le faire de manière crédible. Le comportement en matière de vote est également intéressant. Les études montrent que certains des principaux investisseurs (passifs) votent presque toujours sur recommandation de la direction, même lorsqu’il s’agit de propositions d’actionnaires liées aux questions environnementales et sociales. Cela jette un doute sur la crédibilité du gérant. Par ailleurs, nous observons que les propositions environnementales et sociales des actionnaires deviennent mieux formulées et davantage en ligne avec la création de valeur actionnariale à long terme.

Passer de la parole aux actes

Voilà ce qui m’amène à mon point principal: passer de la parole aux actes. Quelle est la crédibilité d’un gérant d’actifs qui offre quelques très bons fonds d’investissement durable mais qui ne s’engage pas dans ses autres produits ou ses propres opérations, comme l’indique l’attitude de vote évoquée ci-dessus? Les clients devraient poser de nombreuses questions pour tester la crédibilité du gérant. À cet égard, le guide de sélection des gérants rédigé par les PRI «Asset Owners manager selection guide» est une autre ressource intéressante.

Finalement, les labels peuvent fournir des recommandations utiles et une manière d’identifier un fonds, ce qui est une bonne chose pour les investisseurs particuliers. Cependant, les labels actuels diffèrent dans leurs approches elles-mêmes très différentes.

En France, le Label ISR se concentre davantage sur la stratégie d’investissement, son processus et sa transparence. Il fait l’objet d’une vérification externe, ce qui signifie que vous devez vraiment prouver que vous possédez les bons processus, données et procédures pour l’obtenir.

Le Label Belge est plus prescriptif, notamment en ce qui concerne les secteurs dans lesquels ne pas investir. Mais cela laisse tout de même une grande marge de manœuvre, et les gérants d’actifs doivent toujours effectuer leurs propres recherches. Si vous devez exclure un producteur d’électricité qui ne respecte pas l’accord de Paris, comment procédez-vous?

Ainsi, même avec les labels, il y a toujours sujet à débat. La transparence est très importante. Qu’un fonds soit étiqueté durable, responsable ou autre, les gérants d’actifs doivent clairement montrer ce qui fait partie et ce qui est exclu de la stratégie de ce fonds.

*Responsable de l’intégration ESG, Robeco






 
 

AGEFI



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