Initiatives alimentaires: un régime de liberté surveillée

mercredi, 29.08.2018

Pierre-Gabriel Bieri*

Pierre-Gabriel Bieri

Surveiller le contenu de son assiette, c’est bien. Examiner le contenu des deux initiatives «alimentaires» soumises au vote le 23 septembre prochain, c’est mieux. Entre dirigisme agricole et restriction du libre choix des consommateurs, est-ce vraiment ce que les Suisses désirent?

Si l’on en croit les sondages, les citoyens suisses accueilleraient avec enthousiasme ces deux initiatives: «Pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques» et «Pour la souveraineté alimentaire. L’agriculture nous concerne toutes et tous». Se peut-il qu’une majorité se laisse séduire par ces titres emphatiques, sans regarder ce qui se cache derrière? Sans se méfier un peu?
Un modèle dirigiste

L’initiative sur la souveraineté alimentaire, œuvre du syndicat agricole Uniterre, est considérée comme la plus radicale. Le texte exige, entre autres, un approvisionnement «prépondérant» en denrées alimentaires indigènes. Est-ce réaliste en termes de volumes? Est-ce imposable par des mesures étatiques? L’initiative continue en demandant à la Confédération de soutenir la «création d’organisations paysannes» pour assurer l’adéquation entre la production agricole et les besoins de la population, et aussi de «favoriser l’augmentation du nombre d’actifs dans l’agriculture». Comment? Faut-il suivre l’exemple de la Chine maoïste et envoyer les jeunes gens travailler dans les champs? On caricature à peine... Le catalogue des revendications comprend aussi une sévère régulation de l’importation de produits étrangers, pour se terminer par... l’interdiction de toute subvention à l’exportation de nos produits agricoles et de nos denrées alimentaires! Les consommateurs suisses se reconnaîtraient-ils dans ce modèle fermé et dirigiste?

Quant à l’initiative des Verts en faveur des aliments équitables, bien que réputée moins extrémiste, elle demande elle aussi à la Confédération de contrôler davantage non seulement la qualité, mais aussi la durabilité et l’éthique environnementale et sociale de tout ce que consomment les Suisses, en réglementant et en contingentant plus sévèrement l’importation et la mise sur le marché des aliments que nous achetons. Accessoirement, on demande à Mère Helvétie, décidément toute puissante, de réduire les incidences négatives du transport et de l’entreposage des denrées alimentaires sur l’environnement et le climat, ou encore d’endiguer le gaspillage de denrées alimentaires.

Les collectivités publiques – et pas seulement la Confédération – font déjà beaucoup de choses, parfois sous la contrainte d’une législation, souvent librement, en faveur de l’environnement, de l’éthique ou d’une alimentation saine. Les individus aussi agissent, dans le cadre de leur libre choix et de leur responsabilité individuelle. Mais, aux yeux de certains, cela reste toujours insuffisant – et cela resterait insuffisant même si ces deux initiatives passaient: éternelle fuite en avant. On exige alors que l’Etat «mette au pas» les consommateurs en restreignant et encadrant leur choix, par des interdictions ou des taxes supplémentaires. Est-ce vraiment ce que souhaite une majorité de citoyens?

*  Centre patronal






 
 

AGEFI



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