Initiative pour l’autodétermination, cette bombe à retardement

mercredi, 21.11.2018

Nicolas Leuba*

«L’UDC ne cherche pas à trouver des solutions. Elle amplifie les problèmes voire les crée de toute pièce, pour s’ériger ensuite en sauveur de la nation.»

Lorsque ces lignes seront publiées, le sort de l’initiative «pour l’autodétermination» sera sans doute déjà scellé, vote par correspondance oblige. 

Pourquoi donc écrire ces lignes? Parque même si une certaine lassitude nous gagne face aux initiatives de l’UDC, même si le peuple semble également être de moins en moins convaincu par ses textes simplistes, ce n’est pas le moment de baisser la garde.

Faire de la politique, servir la population, c’est travailler à trouver des solutions pour le bien commun. La Suisse cultive l’art du consensus, mais aussi du pragmatisme.

A travers ce type d’initiatives, l’UDC ne cherche pas à trouver des solutions. Elle amplifie les problèmes - pouvant être résolus par des solutions existantes - voire les crée de toute pièce, pour s’ériger ensuite en sauveur de la nation.

L’initiative pour l’autodétermination en est un parfait exemple. L’énième.

Aujourd’hui déjà, la Suisse peut - librement - dénoncer des accords internationaux qui ne lui conviendrait plus. Il est aussi possible - et l’UDC en sait quelque chose! - de lancer une initiative pour le faire. Notre système politique est le seul au monde à offrir un tel pouvoir au peuple.

L’initiative de l’UDC n’a donc pas pour but de donner davantage de pouvoir peuple. Elle a pour seul objectif de donner de la visibilité à un parti qui est passé maître dans l’art du marketing politique. 

Mais faire de la politique uniquement pour gagner des parts de votes, est-ce bien responsable? Est-ce fidèle à la tradition politique suisse? Est-ce ainsi que nos ancêtres ont construit les conditions cadres qui ont rendu possible la prospérité du pays?

L’initiative pour l’autodétermination, si elle est acceptée, aura des conséquences. Lourdes. Comme ce fut le cas à la suite du oui à celle «contre l’immigration de masse». 

Les cantons et leurs administrations ont hérité d’un monstre bureaucratique enfanté par l’initiative. 

Nos universités et hautes écoles ont été exclues durant de long mois des programmes européens de recherche.

Le Parlement a dû plancher des mois pour trouver une solution viable, respectant les engagements pris par la Suisse. Car la Suisse, malgré ce que pense parfois l’UDC, n’est pas seule au monde.

Un «oui» à l’initiative pour l’autodétermination créerait assurément une situation encore plus complexe. Une véritable bombe à retardement. 

L’initiative court-circuitera les accords internationaux signés par la Suisse. Du fait de son principe rétroactif, tous les accords qui ne correspondent pas à la Constitution, même de manière minime, devront être dénoncés ou renégociés. 

Loin de clarifier les relations entre droit international et droit constitutionnel, elle créera au contraire une nouvelle insécurité juridique. 

Le monde connaît une instabilité politique et économique sans précédent depuis la Chute du Mur.

La stabilité de notre pays est un bien précieux, que nous devons cultiver, notamment pour assurer la prospérité de notre économie. 

Quel que soit le résultat de dimanche, nous devrons continuer à nous battre pour que le pragmatisme et la recherche de solutions intelligentes prennent toujours le pas sur les recettes simplistes et contre productives, comme celle qui nous est proposée dimanche.

*Président UPSA VAUD & VAUD ROUTES






 
 

AGEFI



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