Initiative de l’UDC: de faux arguments

jeudi, 06.09.2018

Le titre modéré de l'initiative de l'UDC "pour une immigration modérée" cache en fait un texte bien plus alarmant. Si le texte passe, la Suisse a un an pour négocier les conditions de la fin de la libre-circulation avec Bruxelles.

Véronique Kämpfen*

Véronique Kämpfen

Une fois de plus, l’UDC s’en prend à la libre-circulation des personnes en déposant son initiative «pour une immigration modérée». Après celle «contre l’immigration de masse», on pourrait sourire du choix des mots, le premier titre se voulant positif et rassurant, le second négatif et catastrophiste. Pourtant, que l’on ne s’y trompe pas: le titre modéré cache un texte bien plus jusqu’au-boutiste que la version plus alarmiste.

Le nouveau texte exige clairement que la Suisse règle de manière autonome son immigration. Il n’y a plus de marge d’interprétation. Si ce texte passait, la Suisse aurait un an pour négocier les conditions de la fin de la libre-circulation avec Bruxelles. Au terme de ce délai, si aucun n’accord n’était trouvé, elle devrait dénoncer cet accord dans les trente jours. La clause guillotine étant ce qu’elle est, tous les accords des bilatérales I tomberaient en même temps, dont notamment l’accord sur le transport aérien, la levée des obstacles techniques au commerce ou l’accord sur les programmes de recherche européens.

Pour  bien bétonner le tout, le texte de l’UDC prévoit qu’aucun nouveau traité en lien avec la libre-circulation des personnes ne pourrait être conclu à l’avenir. Cerise sur le gâteau, le droit d’asile pourrait être impacté par cette proposition. Triste vision de l’humanité, surtout venant d’un pays qui se vante d’être le berceau de la Croix-Rouge et des Conventions de Genève et qui héberge le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.

Les arguments avancés par l’UDC pour défendre son texte sont surprenants, ce d’autant plus qu’ils sont largement faux. Il est ainsi avancé que le chômage n’a jamais été aussi élevé depuis la Deuxième Guerre mondiale. C’est une manière erronée de présenter les choses. Si, pendant les trente glorieuses, le taux de chômage a en effet flirté avec le 0%, il est remonté à près de 5% dans les années 1990. Actuellement, avec un taux à 2,4% au niveau suisse, il est au plus bas depuis plus de dix ans. L’UDC prétend aussi que les salaires baissent ou stagnent. C’est faux. L’étude Social change in Switzerland a montré qu’ils ont augmenté avec constance entre 1990 et 2012. Il y a certes de grandes disparités entre les différentes classes de revenus; il y a également des différences notables entre les salaires réels, tenant compte de l’inflation, et les salaires nominaux - le KOF ayant fait état, en 2016, une année de croissance historiquement faible - mais on ne saurait parler de baisse ou de stagnation.

En termes de calendrier, cette initiative ne sera probablement pas présentée devant le peuple avant 2020. Ce n’est pas par hasard si l’UDC l’a lancée maintenant. Le parti, en fin stratège, impose ainsi son thème de prédilection pour les élections fédérales de l’année prochaine. On n’a pas fini d’en entendre parler.

* FER






 
 

AGEFI



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