Le genevois Givaudan a réussi plus qu’un rééquilibrage de ses affaires

mardi, 21.07.2020

Ingrédients. Le mix entre parfums et arômes du groupe genevois leader mondial a permis de générer de la croissance organique et de la rentabilité.

Christian Affolter

L’évolution des affaires dans les différents domaines d’activité du groupe genevois Givaudan retrace les changements de priorités des consommateurs. Au sein de la division Parfums, le segment Parfumerie fine a évidemment souffert des fermetures de magasins et des boutiques hors taxes, avec un chiffre d’affaires en baisse de 16,4%. Le CEO du leader mondial des parfums et arômes, Gilles Andrier, a néanmoins précisé mardi que «cela ne représente que 8-9% du chiffre d’affaires global» ou 19% de la division Parfums, selon le rapport 2019.

La Parfumerie fonctionnelle a quant à elle généré 68% des ventes de la division. Sa hausse de 11,8%, «une croissance des volumes particulièrement forte due à la forte demande de produits ménagers, de produits de santé et de soins corporels liés au Covid-19» selon le communiqué, a donc été déterminante pour l’augmentation du chiffre d’affaires de la division de 4,5% sur une base comparable (hors acquisitions). Quant aux affaires des ingrédients de parfumerie/Active Beauty (13%), elles sont restées quasi stables (-0,1%).

Les vases communicants au sein de la division Parfums n’ont pas engendré de diminution du côté des marges, en hausse au niveau Ebitda sur une base comparable de 21,3% à 23,4%. Notons aussi que Givaudan a procédé à quatre acquisitions depuis fin juin 2019 (Golden Frog, Drom, Fragrance Oils, Ungerer), dont les trois derniers concernent la division Parfums. Avec celles-ci, la croissance s’est même établie à 7%, à 1,46 milliards de francs.

La pandémie du Covid-19 a aussi engendré un transfert de la demande au sein de la division Arômes. La restauration et les boissons alcoolisées ont perdu en importance, au profit de catégories appartenant plutôt à l’alimentation courante. Là aussi, cela n’a pas empêché la division d’enregistrer une croissance organique de 3,6% (1,9% avec acquisitions, à 1,77 milliards), tout en améliorant légèrement les marges, de 23,1% à 23,8%.

Dans l’ensemble, Givaudan a fait une excellente performance dans les domaines qui n’ont pas été touchés par la pandémie, qui représentent selon les indications de Gilles Andrier plus de 83% du chiffre d’affaires. Lors de la conférence téléphonique, il est apparu que les améliorations des marges (de 22,3% à 23,7% au niveau du groupe) sont le résultat de plusieurs éléments. Le CFO Tom Hallam a mentionné notamment «une très bonne utilisation des capacités de production», des progrès en termes de productivité aussi grâce à l’intégration des sociétés acquises, des augmentations de prix, mais aussi des baisses des frais de voyage en raison des restrictions liées au Covid-19.

Conséquencces incertains d’un retour à la normale

De l’autre côté, les stocks et l’approvisionnement en matières premières ont pu être gérés de manière à ne pas créer de ruptures, ni des hausses de coûts trop importantes. Seuls les frais de distribution et de fret avaient pris l’ascenseur. En ce qui concerne les conséquences d’un éventuel retour à la normalité, «la seule orientation que je peux donner, c’est que les marges sur toute l’année sont généralement 100 points de base plus bas», a relevé Tom Hallam.

En termes de marchés, les acquisitions ont stimulé la croissance au premier semestre au sein des marchés matures, tandis que le développement des affaires du côté des marchés de croissance est majoritairement de nature organique. La croissance de 15,5% en Amérique latine a été plus qu’anéantie par la chute des devises de la région (-0,5% en francs suisses). En revanche, l’Europe – Afrique – Moyen-Orient a enregistré une hausse de 4,0% en francs suisses (aussi grâce aux acquisitions) et reste la région la plus importante de Givaudan (1,17 milliards), suivie de l’Amérique du Nord (0,9 milliard, +6,8%).

Les nombreuses acquisitions au fil des dernières années – un élément clé du plan stratégique lancé en 2015 – génèrent environ 1,5 milliard de revenus supplémentaires par année, pour des investissements totaux de 3,6 milliards. Cela a aussi augmenté l’endettement du groupe. Tout en confirmant la politique de dividende actuelle, le CEO Gilles Andrier veut mettre «la priorité sur la réduction de notre dette». Ce qui peut expliquer la réaction négative du titre (-0.9% à 3748 francs).






 
 

AGEFI



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