Infrastructures : place à l’innovation

dimanche, 01.12.2019

Dominique Rochat *

Dominique Rochat

Les signaux d’alarmes se multiplient. Le dernier en date est la votation genevoise sur l’aéroport. Derrière le souhait légitime des habitants de limiter les nuisances, on sent poindre une volonté de brider les capacités, tout court. Des infrastructures performantes et adaptées aux besoins sont pourtant indispensables pour les citoyens et la prospérité du pays.  Leur mise à jour sera un défi important ces prochaines années.

Les infrastructures suisses sont encore dans le haut du panier mondial. Il y a toutefois une érosion en cours. Chacun peut le constater sur les routes et dans les trains, où les bouchons et les retards se multiplient. C’est aussi le cas dans le domaine énergétique : des dizaines d’éoliennes sont bloquées et l’extension de la production hydraulique se fait au compte-goutte. Comment sortir de ces impasses ?

Une première piste serait de mieux utiliser les infrastructures existantes. La période est propice, avec une floraison d’innovations dans des secteurs où la stabilité était la règle. Cette évolution est visible dans les transports, où un acteur comme UBER devient partenaires d’entreprises de transport public et d’autres moyens de locomotion.

Mais pour se développer, l’innovation a besoin d’espace, et il est souvent très limité dans le domaine des infrastructures. Les transports publics, la Poste et l’électricité sont en particuliers toujours des monopoles ou semi-monopoles. Les solutions d’hier, souvent chères et d’une efficacité discutable, ont plus de chances de prospérer que celles de demain.

La réussite de l’ouverture du marché des télécoms doit nous inciter à aller de l’avant. Les craintes étaient grandes à l’époque. Et que s’est-il passé ? La Suisse a une infrastructure et des services de pointe jusque dans les régions les plus reculées du pays. Cela montre que l’Etat peut fixer un cadre qui permet aux privés de fournir les services attendus par le public. En s’inspirant de cet exemple, la Suisse doit résolument relancer l’ouverture des domaines encore fermés.

L’autre piste est de raccourcir les délais de réalisation des infrastructures. Malgré des tentatives de simplification, les procédures restent très complexes. Ainsi, seul un tiers des lignes à haute tension ont été construites après 1980, alors que les besoins ont fortement augmenté. L’intolérance croît à l’égard des nuisances dues aux infrastructures et se manifeste par des oppositions sans fin. Il est temps de balancer plus équitablement les intérêts en présence et de tenir davantage compte des effets positifs des infrastructures pour l’ensemble de la société.

La Suisse se développe et c’est heureux. Elle doit pouvoir adapter les infrastructures aux besoins des habitants et de l’économie. Une politique de blocage est contreproductive, notamment du point de vue environnemental. Des bouchons sur les routes ou sur le rail gaspillent des ressources. Davantage d’ouverture des marchés, des procédures revues et de l’innovation contribueront à répondre aux besoins. Et notre démocratie directe reste un puissant moyen d’éviter d’éventuels excès. Elle doit inciter les bâtisseurs d’infrastructures à tenir compte de l’évolution des sensibilités, pour développer des projets qui évitent une sanction politique ou populaire.

* Responsable de projets Economiesuisse






 
 

AGEFI




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