Les secteurs européens les plus touchés par un Brexit sans accord

samedi, 24.11.2018

Industrie automobile, agriculture, services financiers: plusieurs secteurs de l'UE seraient particulièrement exposés en cas d'absence d'accord entre le Royaume-Uni et les 27 autres pays de l'Union.

Environ 10% des exportations de l'industrie automobile européenne sont destinées au Royaume-Uni. (Keystone)

Un "no deal" pour le Brexit aurait pour conséquence l'introduction de barrières aux échanges commerciaux avec la réimposition de droits de douanes et la non-reconnaissance mutuelle de normes en matière environnementale ou de santé par exemple.

Industrie automobile

C'est le secteur où les dommages risquent d'être les plus importants. Les professionnels ont à maintes reprises alerté sur les effets potentiellement désastreux de l'absence d'accord dans un secteur qui emploie près de 12,2 millions de personnes sur le continent.

Environ 10% des exportations de l'industrie automobile européenne sont destinées au Royaume-Uni, rappelle Vincent Vicard, économiste au CEPII.

En outre, les industries automobiles du Royaume-Uni et de l'UE sont étroitement intégrées. "Parfois certaines pièces détachées passent cinq ou six fois la frontière entre le Royaume-Uni et le continent", explique Carsten Brzeski chez ING Diba. Tout dysfonctionnement de la chaîne d'approvisionnement, comme un passage en douanes, leur serait donc préjudiciable.

Une rupture brutale toucherait particulièrement l'industrie automobile allemande très implantée au Royaume-Uni. "Si notre chaîne d'approvisionnement doit s'arrêter à la frontière, alors nous ne pouvons pas continuer à produire au Royaume-Uni", a mis en garde Stephan Freismuth, en charge des douanes chez l'allemand BMW.

Chimie

"Dans ce secteur, beaucoup d'entreprises allemandes, françaises, néerlandaises ou belges ont des sites de production ou des coopérations en Grande-Bretagne", souligne M. Brzeski. Par conséquent, là aussi la chaîne de production serait particulièrement affectée.

En outre, des multinationales binationales, tel le groupe pétrochimique anglo-néerlandais Shell, ou encore l'anglo-néerlandais-américain LyondellBasell risquent d'avoir des problèmes spécifiques, notamment liés à leur gouvernance.

Agriculture et pêche

Actuellement, seulement 60% des besoins alimentaires de la Grande-Bretagne sont couverts par sa propre production, le reste étant importé, notamment de France, de Belgique, des Pays-Bas, d'Irlande.

Si les droits de douane sont réintroduits, les marchandises seront plus chères et leur entrée sera éventuellement retardée dans le Royaume Uni. "On peut imaginer que des camions laitiers restent bloqués à Calais et qu'à force d'attendre, le lait pourrait tourner avant d'arriver à Douvre", suggère M. Brzeski.

L'entrée de nombreuses marchandises et animaux pourrait aussi être interdite sauf si le Royaume-Uni est inscrit sur la liste des pays tiers autorisés. Cette inscription pourra se faire plus rapidement, sous conditions, pour l'ancien membre de l'UE.

La pêche risque également de poser un problème particulier pour la France, l'Espagne, le Portugal, le Danemark, ou encore les Pays-Bas, car leurs flottes pêchent habituellement dans les eaux britanniques.

Industrie aéronautique et aérien

Le constructeur aéronautique européen Airbus qui fabrique ses avions sur différents sites de production à travers l'UE a déjà tiré la sonnette d'alarme en cas de Brexit sans accord.

Le groupe européen, qui emploie directement près de 15.000 personnes au Royaume-Uni où il fabrique les ailes de ses appareils, a déjà prévenu qu'une sortie désordonnée du bloc continental serait "catastrophique" et le forcerait à remettre en cause ses investissements dans le pays.

En juillet dernier, l'Allemand Tom Enders, patron d'Airbus, s'était aussi dit préoccupé d'une sortie du Royaume-Uni de l'Agence européenne de la sécurité aérienne. "Si cela advient, dès avril prochain les certifications de milliers de parties de nos avions ne seraient plus valables, ce qui pourrait mener à un arrêt de notre production."

La crainte de voir le trafic aérien s'arrêter brusquement entre le Royaume-Uni et le continent en fait un secteur particulièrement sensible.

La Commission européenne veut s'assurer que les compagnies puissent voler au-dessus du territoire européen et que les certificats de sécurité restent valides pour une période de temps limitée. Cela nécessite un accord avec le Royaume-Uni.

Services financiers

Les opérateurs installés au Royaume-Uni perdront leur droit ("passeport financier") de fournir leurs services dans les 27 Etats membres sans y être présents.

La Commission européenne a déjà salué le fait que de nombreux opérateurs ont déjà fait le nécessaire pour "ajuster leurs contrats et relocaliser" des activités sur le continent.

Vendredi, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a notamment appelé à être particulièrement vigilant dans le secteur de la compensation.

Dans cette activité qui consiste à tenir la comptabilité des échanges entre acteurs financiers sur les places de marché mondiales et à garantir la bonne réalisation des transactions entre tous les opérateurs, les entreprises britanniques ont un quasi-monopole.

"En cas de Brexit sans accord, ceci pourrait représenter un risque" pour la stabilité du système financier, a-t-il mis en garde. (awp)






 
 

AGEFI



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