Industrie 4.0: la numérisation et ses répercussions sur le paysage sectoriel mondial

lundi, 27.08.2018

Marius Baumann, CFA / Timo R. A. Mayr*

Marius Baumann et Timo R. A. Mayr

En juin dernier, la société S&P Dow Jones Indices a annoncé le remplacement de General Electric (GE) dans le Dow Jones Industrial Average, le principal indice boursier des Etats-Unis. Après 122 ans, le plus ancien indice boursier du monde écarte son dernier membre fondateur. L’évolution est symptomatique des tendances actuelles sur les marchés actions. Tandis que l’icône de l’industrie lutte pour ne pas sombrer dans l’insignifiance, les géants technologiques Amazon et Apple se livrent à une course effrénée pour atteindre de nouveaux sommets, Apple ayant récemment remporté une victoire d’étape en franchissant la barre des 1000 milliards de dollars de capitalisation boursière.

La relève de la garde par la nouvelle économie se reflète dans le paysage sectoriel mondial, comme l’atteste la prépondérance actuelle du secteur GICS des technologies de l’information. GICS est l’abréviation de «Global Industry Classification Standard», une classification conçue par MSCI et Standard & Poor’s en 1999. Ce système vise à répartir l’ensemble des actions dans 11 secteurs. Depuis la création de la classification GICS, l’économie n’a cessé d’évoluer, et avec elle l’importance et la taille des différents secteurs. Notre manière de communiquer et d’accéder à l’information a changé au cours des dernières années. Cette évolution est le résultat de l’intégration des entreprises de télécommunications, de médias et de l’Internet. D’une part, cette tendance mondiale a stimulé la croissance des sociétés de technologies de l’information, comme Alphabet ou Apple. D’autre part, les fournisseurs de services sur Internet ont gagné du terrain dans le secteur de la consommation discrétionnaire, comme le montre l’évolution des cours d’Amazon et de Netflix.

Les entreprises du secteur des télécommunications figurent parmi les grands perdants. L’apparition des nouveaux médias a fait perdre de plus en plus d’importance à leurs prestations.

Afin de tenir compte de ces évolutions, le secteur des télécommunications sera élargi et renommé à la fin du mois de septembre. Outre les sociétés de télécommunications, le nouveau secteur des «services de communication» englobera les sociétés de médias et de l’Internet du secteur de la consommation discrétionnaire ainsi qu’une sélection d’entreprises qui font actuellement partie du secteur des technologies de l’information. Cette nouvelle classification concerne 84 entreprises qui représentent 7 % de la capitalisation boursière de l’indice mondial MSCI All Country World (MSCI ACWI).
Le secteur des services de communication représentera près de 9 % de la capitalisation boursière du MSCI ACWI, alors que la pondération actuelle du secteur des télécommunications est de 3% (voir graphique). Le nouveau secteur sera composé pour 21 % d’actions du secteur actuel des produits de consommation discrétionnaire, pour 46 % d’actions du secteur actuel des technologies de l’information et pour 33 % d’actions du secteur actuel des télécommunications.

Dans la pratique, outre la répartition sectorielle de type GICS, on procède souvent à une répartition géographique des actions par régions ou par pays. Une approche sectorielle présente toutefois certains avantages par rapport à une approche régionale: la progression de la mondialisation renforce la corrélation des marchés d’actions considérée comme élément déterminant du potentiel de diversification. Cela signifie que la diversification géographique dans le cadre d’un portefeuille devient de moins en moins efficace. En revanche, les secteurs, qui conservent leurs caractéristiques, sont exposés à des degrés divers aux influences conjoncturelles, technologiques et réglementaires.
À court terme, la refonte du paysage sectoriel GICS pourrait entraîner des fluctuations de cours des actions concernées, pour autant que les fonds sectoriels passifs procèdent aux réaffectations requises. Les évolutions positives devraient toutefois prévaloir à plus long terme, ces modifications de la classification GICS ayant été annoncées suffisamment tôt.

La nouvelle structure de la classification GICS suit l’évolution économique des dernières années. Elle prend en compte l’importance des nouveaux médias et l’orientation vers la numérisation. La pondération des différents secteurs est aussi beaucoup plus équilibrée, ce qui devrait sensiblement améliorer leur homogénéité. De ce fait, la nouvelle structure GICS améliore le potentiel de diversification d’un portefeuille géré selon une approche sectorielle.

* Stratégiste d’investissements et gestionnaire de portefeuille, Les Fils Dreyfus & Cie SA, Banquiers






 
 

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