Impossible de voir sans observer

mardi, 09.10.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Bon nombre d’idées reçues résultent d’une analyse trop simplifiée et/ou d’une lecture trop rapide. Par exemple, si nous ne prêtons pas attention à la définition de l’évolution du PIB (produit Intérieur Brut), le taux de croissance des Etats-Unis apparaît deux fois supérieur à celui de l’Europe. Le chiffre américain est le plus souvent exprimé en base annualisée, c’est-à-dire l’évolution d’un trimestre sur l’autre, multipliée par quatre, soit une croissance de 4,2% au deuxième trimestre de cette année. En revanche, sur une base d’évolution sur 12 mois, la croissance américaine au même trimestre s’élève à 2,9%.

Des chiffres que l’on peut comparer avec ceux de la zone euro, qui, utilisant cette dernière définition, a publié un taux de croissance de 2,1%. Bien que toujours inférieur à celui des Etats-Unis, le différentiel est limité à 25% au lieu des 50% suggérés si l’on persiste à comparer des pommes avec des oranges.  

Au-delà du fait que le mélange des genres brouille notre vision, il faut déjà regarder pour voir. L’information que nous recevons attire notre attention dans cette direction-là, au risque de ne pas remarquer des choses qui se passent ailleurs. L’agence Bloomberg nous permet d’analyser le nombre d’articles qui parlent de ces deux régions. Un ratio de 1 indique une parfaite égalité sur le nombre d’articles publiés au sujet de la zone euro ou des Etats-Unis. Ce ratio a été observé en 2002 et en 2012 par exemple. Toutefois, le reste du temps depuis 2000, le ratio est supérieur à 1, c’est-à-dire que l’attention se porte davantage sur l’Amérique.

Depuis 2017, le ratio explose. Cette année, ce ratio a atteint des pics au-dessus de 4, ce qui signifie que nous parlons quatre fois plus des Etats-Unis que de l’Europe.
Prenons l’emploi comme exemple. Les Etats-Unis publient tous les mois le nombre de nouvelles créations d’emplois. En Europe, cette statistique est trimestrielle, ce qui donne trois fois moins d’opportunités d’en parler. Cette focalisation outre-Atlantique donne à beaucoup l’impression que les Etats-Unis créent beaucoup plus d’emplois que les européens. Or, l’emploi croît de 1,5% sur 12 mois en Europe, contre 1,6% aux Etats-Unis, selon les derniers chiffres.

En 2009, la baisse de l’emploi en Europe se limitait à 2% au plus bas, contre 5% aux Etats-Unis, toujours en glissement annuel. En 2013 la tendance s’est inversée, et les Etats-Unis ont connu une croissance de l’emploi bien supérieure aux européens, expliquée par le fait que l’Europe a subi la crise de l’euro. Actuellement, les deux régions connaissent donc un taux de croissance de l’emploi comparable. Même le taux de chômage nous joue des tours car on ne cesse d’entendre parler de son niveau très bas aux Etats-Unis (3,7%).

Pourtant, l’Allemagne et la Suisse ont des taux de chômage encore plus faibles, à 3.4% et 2.7% respectivement. Une information à côté de laquelle on pourrait passer, si l’on ne faisait pas exprès d’y prêter attention.

* Chef économiste, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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