Comment anticiper les décisions des agences de notation?

dimanche, 26.01.2020

Il vaut mieux prendre les devants afin de s’assurer une certaine maîtrise face aux variations de notes de crédit.

Gianni Pugliese*

Gianni Pugliese

Les experts en obligations spéculatives savent qu’il vaut mieux anticiper les décisions des agences de notation plutôt que de les subir. Une compétence indispensable censée assurer une certaine maîtrise et distance face aux changements de notes de crédit.

Une forte valorisation augmente la vulnérabilité

Un acheteur qui s’estime suffisamment rémunéré pour le risque ne s’inquiète peu ou pas que la note soit ensuite abaissée de B+ à B. Cependant, la forte érosion des primes de risques, liée à la performance extraordinaire des marchés du crédit, met le sang-froid de ces mêmes experts à rude épreuve.

Le haut niveau des valorisations augmente la vulnérabilité et, anticiper dans ce contexte, n’empêche pas toujours de subir.

En effet, une étude menée par Barclays montre que durant 2019, le marché a réagi plus violemment que par le passé à la suite du déclassement des notes de certains émetteurs.

Le cas US Steel

Le 3 septembre dernier, par exemple, Moody’s avait réduit le B2 de US Steel d’un cran, à B3. Le 9 octobre, l’obligation 6.25% US Steel 2026 se traitait à 80% alors qu’elle s’échangeait encore à 88.5% avant l’annonce. Durant cette période, l’indice Bloomberg Barclays US Corporate High Yield affichait une performance positive de +0.05%.

US Steel n’est pas un cas isolé. Sur les 12 mois allant jusqu’à fin novembre 2019, la performance d’une obligation spéculative, dont la notation a été abaissée, a sous-performé l’indice de 13% en moyenne. Un chiffre qui se situait autour de 5% en 2017 et 2018. Les relèvements de notes ont, pour leur part, généré une surperformance de 3% en 2019. Généralement, un déclassement est supposé provoquer des fluctuations moins prononcées. La raison étant que les prix s’affaiblissent des semaines, voire des mois plus tôt, dès lors que les investisseurs «flairent» le problème et l’intègrent progressivement dans les cours des obligations.

Ne pas minimiser les impacts 

Mais dans cet environnement de rendements et de primes de risques extrêmement bas, même les plus convaincus peuvent devenir plus sensibles aux changements de notations. Il est risqué d’en minimiser les impacts car les prix actuels risquent de chuter de haut. Les décotes les plus marquées ont eu lieu lorsque des émetteurs ont basculé en catégorie CCC. A l’inverse, ceux ayant quitté cette catégorie, grâce un relèvement de leurs notes, ont surperformé l’indice CCC de 10% en moyenne.

En conclusion

Que pouvons-nous en conclure? Tout d’abord il semble évident que les agences de notation ont eu une influence importante sur l’évolution des indices spéculatifs. Ensuite, l’inquiétude est palpable. Elle se manifeste par des variations de prix plus marquées en cas de dégradation que de rehaussement des notes. Pour terminer, soulignons que malgré les manquements qui leurs ont été reprochés lors des faillites d’Enron en 2001, de WorldCom en 2002 ou encore lors de la crise des subprimes, les agences de notation demeurent ancrées dans les marchés des capitaux. Peut-être qu’en période de doutes, mêmes les experts sont un peu plus à l’écoute de toute source d’information, y compris lorsqu’elle provient d’une agence de notation.

*Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI




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