Croissance mondiale: les trois facteurs positifs

mardi, 28.01.2020

Il s’avère que les informations positives influencent plus la confiance que les faits, et c’est le sentiment qui détermine notamment les prix des actifs.

Nikolaj Schmidt*

Nikolaj Schmidt

Trois événements majeurs survenus au cours des dernières semaines de 2019 ont conforté la confiance des investisseurs et devraient stimuler la croissance mondiale cette année. Comme toujours, les informations positives influencent plus la confiance que les faits, et c’est le sentiment qui détermine les prix des actifs.

Le premier facteur concerne les banques centrales et, en particulier, l’insistance tant de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne (BCE) sur l’idée que les hausses de taux sont encore loin. Les deux banques centrales ont maintenu leurs taux directeurs inchangés ce mois-ci et ont fait tout leur possible pour rassurer les marchés sur le fait qu’ils continueraient à le faire dans un avenir raisonnable. 

Ils ont également pris soin de mettre l’accent sur la réduction de l’incertitude et des signes de stabilisation des indicateurs, faisant écho aux récents commentaires des banques centrales de l’Australie, du Canada, de la Hongrie et de la Nouvelle-Zélande.

Le point essentiel à retenir ici est que les banques centrales sont des institutions plutôt lentes et qu’elles ne vont certainement pas augmenter leur taux de change au cours des trois prochains mois, et probablement pas au cours des six prochains mois. Cependant, il convient de garder à l’esprit que les banquiers centraux changent d’avis lorsque les indicateurs changent. 

Nous n’avons pas reçu de garantie, et il faut garder en tête que les prévisions de croissance des banques centrales sont aussi incertaines que celles de tous les autres experts. Les principales banques centrales nous ont dit que la situation est stable (pour l’instant). Mais cela pourrait changer.

Second fait important: les États-Unis et la Chine ont convenu de la «première phase» d’un accord commercial, qui comprend un certain allégement tarifaire, une augmentation des achats de produits agricoles et des changements structurels dans les questions de propriété intellectuelle et de technologie. 

Aucun accord réel ne sera signé avant mi-janvier, et une grande partie des modalités convenues reste floue, mais les deux parties semblent au moins être parvenues à une trêve, ce qui constitue un progrès. 

Sur le plan économique, cela enverra un message au reste du monde que la relation commerciale entre les États-Unis et la Chine n’est pas complètement rompue - du moins pas encore. Et même s’il serait exagéré de dire que cela stimulera grandement la confiance, des nouvelles moins négatives sont une forme de nouvelles positives. Les parties semblent être revenues à l’accord qui s’est effondré en mai et travaillent maintenant sur le document par étapes. Il s’agit d’un projet ambitieux qui réduit d’une part la probabilité que le Président Trump ne prenne des décisions erratiques pour prouver qu’il est ferme avec la Chine; d’autre part, un accord superficiel qui mettrait en suspens la guerre commerciale jusqu’après les élections présidentielles américaines de 2020 auraient probablement été meilleures. 

Pour l’instant, nous aurons probablement une pause dans le flot des nouvelles sur la guerre commerciale, au moins jusqu’à mi voire fin février, lorsque l’accord de la première phase sera mis en œuvre.

Enfin, la victoire de Boris Johnson au Royaume-Uni et la réduction significative de la probabilité d’un Brexit dur le mois prochain sont encourageantes pour le Royaume-Uni et l’Europe. Le Royaume-Uni n’est pas en grande forme, mais il est en meilleure forme qu’il y a trois mois, quand un Brexit dur menaçait de passer. 

Le Brexit a été un frein à la croissance en Europe, en particulier en Allemagne, où l’indice composite PMI est à 49,4 (au 15 décembre 2019) signalant une contraction. Dès que la situation sur le Brexit sera claire, soit la confirmation le 31 janvier que le Royaume-Uni quittera finalement l’UE, cela sera un soulagement pour tous, même si cela ne pourrait durer qu’un certain temps avant que la date limite de décembre 2020 pour l’accord commercial ne commence à se concrétiser.

Dans l’ensemble, ces événements réduisent selon moi l’incertitude et entraîneront un rebond de la croissance et une compression des primes de risque. Cela stimulera les actifs à risque à forte croissance, comme les actions, et contribuera à maintenir les écarts de crédit serrés.

Le dollar américain devrait probablement de s’affaiblir sensiblement, en particulier par rapport aux devises des marchés émergents. Avec des taux d’intérêt à l’achat ancrés, les courbes de rendement des économies principales pourraient s’accentuer à mesure que les titres de créance se vendent. 

L’accentuation des courbes de rendement de base se jouera probablement jusqu’à ce que les banques centrales changent leur politique de taux. Bien que les taux des marchés émergents puissent bénéficier d’une amélioration du sentiment de risque, ils auront du mal à se redresser dans un contexte de baisse des rendements. 

Par conséquent, je privilégie les monnaies à haut rendement, comme par exemple le rouble russe et le peso mexicain.

*Chef économiste international, T. Rowe Price






 
 

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