Les coûts de la crise vont peser sur la Suisse pendant des années

dimanche, 10.05.2020

"Il faut remonter à la crise pétrolière des années 1970 pour retrouver un tel effondrement de la croissance" estime le président de la BNS, Thomas Jordan.

L'activité de l'économie suisse se trouve actuellement à 70-80% du niveau normal, rappelle Thomas Jordan

Les coûts de la crise liée au nouveau coronavirus vont peser sur la Suisse pendant des années, estime le président de la Banque nationale suisse (BNS). L'activité de l'économie suisse se trouve actuellement à 70-80% du niveau normal, rappelle-t-il.

"Il faut remonter à la crise pétrolière des années 1970 pour retrouver un tel effondrement de la croissance", précise Thomas Jordan dans un entretien diffusé par plusieurs médias du groupe de presse Tamedia. Le blocage du pays dû au confinement entraîne des coûts économiques "énormes", "qui sont de l'ordre de 11 à 17 milliards par mois", souligne-t-il.

La dette publique va augmenter et les coûts liés à l'assurance chômage et aux crédits accordés par le Conseil fédéral aux entreprises vont générer d'importants déficits publics en 2020, ajoute-t-il. "Il faudra s'assurer que l'activité économique pour maîtriser la dette".

Un déconfinement fait sens

Les mesures d'assouplissement du confinement sont très importantes dans ce contexte, selon lui. "Cela fait sens que ce déconfinement progressif débute maintenant". "On ne peut faire fi des coûts économiques dans l'équation du déconfinement, car nos systèmes éducatifs, de santé ou de retraite reposent sur la stabilité de notre économie". Il juge en outre que limiter le chômage est aussi "un élément essentiel pour le pays".

M. Jordan note aussi que l'offre de crédit aux entreprises est importante dans la situation actuelle. "C'est dans ce cadre-là que s'inscrit" l'action de la BNS dans la relance de l'économie.

Le patron de la banque centrale suisse rejette en revanche l'idée des Verts, qui veulent que la BNS reverse aux collectivités publiques jusqu'à 40 milliards de francs pour lutter contre la baisse des rentrées fiscales provoquée par le coronavirus.

Payer une telle somme "impliquerait que nous vendions une partie de nos positions en actions et obligations détenues en monnaies étrangères", souligne-t-il. "Pour transférer l'argent à la Confédération, nous devrions ensuite racheter du franc, qui se raffermirait alors, ce que veut justement éviter notre stratégie".

Interventions sur le marché

Les interventions de la BNS se sont accrues sur le marché des changes depuis le début de la pandémie, le franc suisse étant considéré comme une valeur refuge. "Nous avons acheté des montants substantiels de devises étrangères", précise M. Jordan.

Il ne considère toutefois pas une baisse des taux d'intérêt comme le meilleur outil actuellement. "Nous avons encore de la marge de manoeuvre si nécessaire [...] nous nous concentrons aujourd'hui sur les interventions sur le marché des changes".

M. Jordan ne voit aucune alternative à la politique monétaire actuelle. "Ce n'est pas que nous soyons heureux des taux d'intérêt négatifs", mais "nous les relèverons dès que les circonstances le permettront". Pour l'instant, poursuit-il, le taux d'intérêt de -0,75% est nécessaire pour éviter des effets négatifs plus importants sur l'économie suisse. (ats)

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