Il faut aborder la question de l’immigration sous le bon angle

mercredi, 06.02.2019

Céline Renaud*

Un jeudi matin, à notre showroom au Brassus, je donne une «Dégustation de son» à un groupe d’entrepreneurs issus de l’immigration. Parmi eux se trouve une femme qui vient de la République Démocratique du Congo. J’ai par bonheur une musique Papa Wemba, un chanteur très célèbre de ce pays. Elle a les larmes aux yeux en l’écoutant. Avec grâce et ses formes rondes, elle se lève et se met à se mouvoir et à danser au son de la musique. C’est un de ces moments inoubliables, suspendu en l’air, où nous formons tous un.

Avec des parcours très difficiles et très différents, pourtant semblables, nous sommes là, humains, cette matinée dans cette Vallée de Joux dans le froid, et la chaleur de l’Afrique nous réchauffe le cœur...

J’ai toujours gardé cette musique avec moi car elle m’a accompagné pendant de nombreuses années où j’ai côtoyé un magistrat issu de la diaspora intellectuelle du Congo. C’est là que j’ai découvert beaucoup d’aspects qu’en tant qu’Européenne j’ignorais. 

Par exemple, je me suis rendu compte que dans les médias, je ne voyais jamais de villes africaines. Tout ce que je voyais, c’était les pauvres enfants affamés, avec des mouches dans les yeux, qui demandent de la nourriture. Cette communication fait en sorte que tous nos contacts avec l’Afrique nous déforment l’image que nous en avons. Cela nous fait vibrer la corde de la pitié pour que nous offrions de l’argent... et que nous nous rachetions une bonne conscience. 

Cependant cet argent, cette manne étrangère, est un des pires fléaux qui ronge l’Afrique. Ils n’ont pas besoin de notre argent au Congo, c’est un pays-continent, où tout pousse très facilement. Ce dont ils ont besoin, c’est la mise en place d’une démocratie réelle à l’aide des autres pays.

Ce magistrat me disait en pointant la carte du monde: «Regarde l’Afrique comme elle est grande et regarde la Suisse qui fait figure de tout petit point à côté. Les Africains rêvent de venir en Suisse mais c’est impensable et nous devons fortement limiter l’immigration. Et tenter de mettre en place une manière de déterminer ceux qui risquent réellement leur vie par rapport à ce qui viennent pour trouver leur vie.»

Tout comme moi dont le regard sur l’Afrique était biaisé, eux voient des films occidentaux où nous tirons des billets de banque en liasse des bancomats. Mais il n’y a pas la compréhension du système bancaire car il est presque inexistant. D’ailleurs au lieu d’envoyer de l’argent qui ne peut pas être stocké dans des coffres-forts qui n’existent pas, cet argent va très souvent être détourné.

Il y a notamment au Congo des lacs riches de poissons... qui pourrissent sur place car ceux qui veulent se mettre à la pêche vont se faire menacer car les intérêts en jeu sont énormes et différents. Alors que les fruits pourrissent sur les arbres, les habitants doivent acheter leurs fruits en boîte qui reviennent de l’étranger car les bateaux partent du Congo remplis de cuivre ou d’autres matières premières et doivent revenir remplis également... C’est ainsi pour beaucoup des richesses de ce pays extraordinaire.

Je rêve de pouvoir voir le jour où ce pays sera enfin gouverné de manière éthique et surtout en paix... En attendant j’écoute joyeusement la musique de Papa Wemba, je me mets à danser même si moi, une «Mundele» qui veut dire blanche, je ne possède pas toute la grâce de cette femme... mais un peu d’Afrique dans mon cœur!

*CEO et fondatrice JMC Lutherie SA






 
 

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