Il faudrait un pompier planétaire

dimanche, 08.09.2019

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

On doit douter de leur capacité à gouverner, mais on ne peut qu’admirer l’art rhétorique des politiciens français. Jacques Chirac a inventé la formule: «La maison brûle et nous regardons ailleurs.» Emmanuel Macron vient de la reprendre pour adresser une remontrance au président Bolsonaro.

La forêt amazonienne est mise à feu pour dégager des surfaces cultivables. Le soja récolté viendra nourrir des vaches suisses qui fourniront des côtes, rassies sur l’os, aux «grillétariens» encensés par Migros, prétendue mutuelle de consommateurs. Et la boucle est bouclée.

S’il n’y avait pas des pays riches dévoreurs de viande rouge, il n’y aurait pas des pays aspirant au développement.

Un puits de carbone

Le problème est planétaire, la forêt amazonienne concerne tous les êtres humains qui inspirent l’oxygène qu’elle produit et qui bénéficient du puits de carbone constitué par ses arbres.

Face au problème déjà lancinant du réchauffement climatique, la politique du Brésil est une provocation inouïe. Elle est décidée par un de ces politiciens populistes dont la planète est encombrée: Trump, Johnston, Poutine, Salviani, Orban, Le Pen, Bolsonaro. Ils adressent partout le même message d’égoïsme nationaliste forcené: le pays peut tirer tout seul son épingle du jeu, America first, pour une Suisse indépendante, vive la France, le Brésil n’est plus une colonie, la Hongrie doit préserver ses racines chrétiennes, l’Italie n’est pas un camp de réfugiés, l’Angleterre est une île.

Une seule atmosphère

La réalité est toute différente. Il n’y a qu’une seule planète et qu’une seule atmosphère, une forêt et un champ cultivable, un océan et un glacier pour une seule espèce humaine. Ce sont les précédents accidents climatiques qui ont forgé son génome.
C’est en survivant à des glaciations, à des sécheresses à des montées de l’Océan que le genre humain a acquis cette capacité inouïe de développer des techniques qui assurent sa survie. Or, ces techniques sont devenues folles, elles menacent le chef d’œuvre qu’elles ont créé, l’homme.

Cependant, à chaque développement technique, il a fallu inventer des institutions pour le gérer.

On est passé du groupe nomade de chasseurs-cueilleurs, au village d’éleveurs-cultivateur, aux royaumes gestionnaires de l’eau et de la terre, aux empires industriels, au règne des multinationales. L’incendie brésilien est le signal d’un déficit: un pouvoir planétaire est devenu indispensable, même si l’on n’en a pas envie.

Un pouvoir planétaire

Un véritable pouvoir planétaire. Pas le lieu de discussions entre gens bien élevés, veston cravate, dans des stations balnéaires ou alpestres, qui ne mènent à rien que des discours de circonstance et des courbettes appliquées.

Un tel pouvoir pourrait imposer au Brésil l’arrêt des feux déclenchés volontairement. Il pourrait, mais il n’en fera rien. La conjoncture politique est telle que de grandes puissances jamais ne courberont la tête.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

AGEFI




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