Mettre fin à la fixation sur les durations courtes

vendredi, 14.06.2019

Il est temps de se détacher des échéances courtes et d’envisager des stratégies axées sur les titres à taux variables.

Kevin Flanagan*

L’environnement actuel des titres à taux fixes peut se définir par deux facteurs clés. Le premier est évidemment la forme de la courbe des taux. Le second tient dans ce constat de la Réserve fédérale américaine (Fed), selon lequel les ménages ont engrangé d’importantes quantités de liquidités. Ces deux facteurs ont concouru à la formation d’une prime sur les emprunts d’Etat à court terme. Cependant, au lieu de se focaliser sur les investissements à taux «fixes», les investisseurs devraient envisager des stratégies à taux variable. Voyons pourquoi.

Pas de changement côté Fed

Lorsqu’il est question de taux d’intérêt, toute l’attention se concentre généralement sur les mouvements de la Fed ainsi que sur l’évolution des bons du Trésor à 10 ans (UST). Si la courbe des rendements des UST est plate ou inversée, alors il devient plus intéressant de se placer sur les échéances courtes, puisqu’elles offrent des rendements identiques, voire meilleurs que les échéances plus longues pour une exposition moindre au risque de taux. Les marchés semblent tabler sur une baisse des taux cette année et l’année prochaine, mais notre le scénario le plus probable prévoit que la Fed maintiendra les taux inchangés. Cette perspective doit impérativement être prise en considération par ceux qui souhaitent investir. Le marché des bons du Trésor a déjà intégré une baisse de taux alors que la Fed n’a nullement laissé entendre qu’elle envisageait de prendre une telle mesure dans un avenir prévisible, du moins si l’on se réfère au procès-verbal de la dernière réunion du Comité fédéral de l’open market (CFOM). 

Dans un tel contexte, les rendements des bons du Trésor à court terme pourraient se trouver exposés à un risque de hausse si l’économie ne fléchit pas et si l’inflation cesse de ralentir (ce qui constitue notre scénario de référence). 

Le graphique ci-dessus illustre l’évolution historique du différentiel entre le rendement de l’UST à 2 ans et le taux des fonds fédéraux. Comme on peut le constater, la dernière tendance à la baisse du rendement de l’UST à deux ans le place en territoire négatif de 60 points de base (pb): au moment de la rédaction, le rendement de l’UST à 2 ans était de 1,90% et le haut de la fourchette des taux cibles des fonds fédéraux se situait à 2,50%. Or, historiquement, le différentiel moyen entre ces deux instruments est positif et s’élève à environ 30 pb. 

Les ingrédients d’une hausse sont réunis

Un taux de croissance de l’économie américaine de l’ordre de 2% à 2 ½%, assorti d’un taux de chômage inférieur ou égal à 4% ainsi que d’une atténuation des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, sous quelque forme que ce soit, semblent constituer les ingrédients parfaits pour que le rendement des bons du Trésor à deux ans augmente par rapport à ses niveaux actuels, pour autant qu’aucun événement géopolitique ne se produise. 

Dans une optique conservatrice, si le rendement du deux ans évolue à nouveau en direction du niveau supérieur de la fourchette des taux cibles actuels des fonds fédéraux, il se situerait à 2,50%, un niveau qu’il n’a touché qu’en mars dernier. Et que se passerait-il si nous assistions à un «retour à la moyenne»? Dans ce cas, la hausse de taux serait plutôt de l’ordre de 90 points de base à partir du niveau actuel. 

Si l’un ou l’autre de ces deux scénarios venait à se produire, l’investissement en titres à taux fixes à échéances courtes se trouverait affecté. Par contre, des stratégies axées sur des titres à taux variables n’en souffriraient pas. Il est donc temps pour les investisseurs de se poser la question de savoir où ils veulent placer leur argent.

*Head of fixed income, Responsable stratégie taux fixes, WisdomTree






 
 

AGEFI



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