LPP: le taux de 0,75% est-il un bon signal?

jeudi, 17.09.2020

Il est possible que dans quelques années le taux minimal de rémunération de l’avoir vieillesse soit carrément nul.

Dr Werner E. Rutsch*

Dr Werner E. Rutsch

Tel le panache de fumée blan­che au Vatican, mais de manière régulière et dans un délai d’un an, la Commission LPP dévoile sa recommandation pour le taux d’intérêt minimal rémunérant les avoirs de vieillesse du deuxième pilier. Le potentiel de surprise de cette proposition se limite alors au fait que l’organe décisionnel, à savoir le Conseil ­fédéral, ne l’approuve pas forcément, comme ce fut le cas l’année dernière. Hormis cela, il est désormais unanimement reconnu que ce processus agace, et ce, pour plusieurs raisons.

D’une part, ce taux directeur devrait être complètement dépolitisé, donc ne pas être ordonné par une autorité. Cette décision devrait plutôt être déléguée et individualisée, donc transférée aux organes suprêmes des institutions de prévoyance, qui sont elles-mêmes soumises à une surveillance qui tend à être de plus en plus stricte. 

D’autre part, le taux devrait être fixé rétroactivement, donc en fin d’année, comme c’est désormais l’usage pour la décision de rémunération effective rendue par une majorité des caisses de pension.

Une flexibilisation des rentes est inévitable

Et qu’en est-il de la valeur actuelle? Certes, elle semble plausible si l’on considère le contexte économique. Mais elle donne aussi matière à réflexion. Une valeur plus élevée n’inciterait-elle pas les fondations à mobiliser leurs budgets risques et ne signalerait-elle pas que les parties concernées adhérent au principe de la couverture du capital? Il est permis de prétendre qu’à plus long terme, grâce à un mix intelligent de placements composé pour l’essentiel d’actions et de valeurs immobilières, les rendements visés, qui se situent pour la plupart de fondations suisses entre 1% et 2,5%, pourraient tout à fait être réalisés. Il est cependant plus vraisemblable que dans quelques années, la recommandation ou le taux minimal soient de 0, comme certains actuaires le demandent déjà aujourd’hui. Or, légitimer la rémunération nulle du capital vieillesse aurait des conséquences dramatiques, car les personnes exerçant une activité lucrative seraient doublement pénalisées: elles perdraient les effets des intérêts composés et verraient les taux de conversion continuer à baisser. À l’inverse, elles assumeraient l’intégralité du risque de placement, alors que les rentes resteraient inchangées. Pour rappel, des rémunérations nulles sont aujourd’hui déjà possibles, d’une part dans le domaine surobligatoire, d’autre part lorsqu’une fondation est en train d’être assainie.

Que faire donc? Quel que soit le chemin considéré, long ou court, une flexibilisation des rentes est inévitable. Le fait que Josef Bachmann, directeur de caisse de pension expérimenté et retraité, ait échoué à lancer une initiative populaire correspondante est révélateur: la majorité des citoyens n’a pas vraiment conscience du problème. Les degrés de couverture des caisses de pension sont trop présents dans les médias et débattus sur la scène publique. La plupart d’entre eux sont supérieurs à 100%, ce qui laisse entrevoir un monde parfait. 

La réallocation courante des actifs vers les rentiers est par contre un sujet nettement moins porteur et compréhensible. Certes, il en est fait mention dans l’ensemble, la très officielle CHS PP avançant même le chiffre de plus de 7 milliards de francs pour la seule année 2019, mais la question est à peine saisissable pour les assurés. Il serait donc souhaitable que les certificats d’assurance remis chaque année comportent une ligne indiquant par un montant en francs concret, combien d’argent l’assuré perd en raison d’une réduction du taux d’intérêt due aux rentes excessives. Seule une mesure aussi forte peut conduire à ce qu’un jour, un concept de rentes vieillesse flexibles soit introduit.

*Head Institutional Business, AXA IM Switzerland






 
 

AGEFI



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